Archives de catégorie : Villes privées-villes fermées

Sun City, Arizona

Sun City, Arizona
Construite en 1959 et ouverte en 1960
Première communauté américaine exclusivement réservée aux retraités actifs (plus de 55 ans)
Créateur, Del E. Webb
Actuellement 38 500 résidents, dont la moyenne d’âge est de 72,4 ans.

SunCity01
Image : Crédits : REUTERS/LUCY NICHOLSON présente sur le site lemonde.fr (Le Monde | 17.01.2013 à 15h58 • Mis à jour le 18.01.2013 à 11h04
>> Voir impérativement le diaporama du Monde sur Sun City.

SunCity02
Image sur le site http://roguecolumnist.typepad.com/rogue_columnist/2010/01/phoenix-101-sun-city.html dont je recommande l’article.

Sun City en Arizona est la première communauté privée réservée aux personnes âgées de plus de 55 ans. La première parce que Del E. Webb, promoteur immobilier en lança d’autres par le suite, une du même nom en Californie, une autre en Floride, une Sun City West et une Sun City Grand à quelques kilomètres de la première.
J’ai dans un premier temps trouvé étrange (puis consternant) que les personnes âgées souhaitent se mettre à l’écart, en isolement, de la vie urbaine, de l’actualité, de l’énergie. Naïvement, il me semblait au contraire qu’elles aspiraient à ne pas être coupées du monde extérieur, des actifs. Voire même qu’elles pouvaient trouver leur compte dans le fait de rester un peu actives, ou utiles. Au-delà de la peur de l’agression, du vol, que leurs performances physiques pouvaient éventuellement rendre plus aigüe.
Pourtant, Sun City (et ses petites soeurs) est une réussite (détestable à mon sens) et cette ville hors du monde, close sur elle-même le démontre. Et comme c’est bien le cas, il s’agit d’autre chose, d’autres critères, ceux liés à la ségrégation volontaire et excluante, l’absolu contraire de ce que Hannah Harendt appelait « l’exposition à l’altérité ». A Sun City, pas de jeunes, ces derniers étant considérés comme inopportuns, présents (à 17%) uniquement dans les jobs d’accompagnement et les enfants de moins de 18 ans sont acceptés au maximum 30 jours par an, de préférence pendant les vacances scolaires. La piscine ne leur est ouverte que deux heures par semaine. Et il n’y a pas d’exception.
Re-ségrégation également, bien-sûr, dans la stratification de la population, au-delà de l’âge : en 2000, on comptait 38 309 habitants à Sun City dont 195 noirs (afro-américains selon la formule consacrée) -par comparaison, le pourcentage au sein de la population totale est de 12% (wikipedia) bien que ce recensement soit sujet à caution- Je n’ai pas trouvé (encore) d’étude sur les revenus ou sur les références culturelles mais je ne serais pas surpris qu’ils aillent dans ce même sens. On peut s’en faire une idée avec les prix de vente des villas, comme à Celebration (voir l’article à ce sujet).
Il s’agit donc bien de recréer un monde à-part, selon des critères pré-définis et assumés, qui nie la complexité de la ville, ses tendances à la co-habitation, ses mouvements quelques fois convulsifs du « vivre ensemble ».

Sun City Arizona Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/
Sun City Arizona
Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/
Sun City Arizona Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/ consulté en mai 2015
Sun City Arizona
Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/ consulté en mai 2015

Bibliographie
Marco d’Eramo : Du Minnesota à l’Arizona, Le rêve americain d’une ville sans ville in « Paradis Infernaux, les villes hallucinées du néo-capitalisme » sous la direction de Mike davis et Daniel B. Monk,
Les Prairies ordinaires, 2008.
publié également sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2013/05/usa-privatopia.html
lequel site nous conseille également d’aller voir le film promotionnel « SUN CITY » datant des années 1960
parties 1 et 2 :

>>> vers l’article Celebration
>>> vers l’article Val d’Europe
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New Urbanism ou nouvel urbanisme

Le mouvement du Nouvel urbanisme cherche à rompre avec les principes de la Charte d’Athènes et à retrouver les principes de génération et de composition des villes anciennes (charte de Nouvel urbanisme1), en ce qui concerne l’aménagement des espaces urbains, tandis que les bâtiments eux-mêmes peuvent revêtir des apparences plus ou moins modernes. La charte du Nouvel urbanisme, a été traduite en français par Jean-Maurice Moulène, architecte-urbaniste, au cours de ses six années de collaboration avec Stefanos Polyzoides et Liz Moule.

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Celebration

Ville privée américaine située en Floride, crée et administrée par l’entreprise Walt Disney Company.
Fondée en 1994, près de la ville de Reedy Creek (à l’origine, les terrains relevaient de cette ville).
7427 habitants en 2010.
Coordonnées : 28° 19′ 12″ Nord 81° 32′ 25″ Ouest.
2 770 ha.
Idée de départ : construire une ville parfaite, sans criminalité et avec un cadre de vie agréable.
Slogan : vos voisins seront vos amis
Urbanistes : agences Robert Stern et Robertson & Cooper.

Celabration, vue aérienne prise depuis Google Earth en avril 2015
Celabration, vue aérienne prise depuis Google Earth en avril 2015

De son vivant, Walt Disney étudiait sérieusement l’hypothèse de villes nouvelles, idéales, appelées ESCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow, sorte de Smart City avant l’heure). En 1988, la nouvelle direction de Michael Eisner a ressorti ces projets des archives.
A partir de 1992, le projet est entré dans sa phase active, selon une triple logique d’intervention :
– l’ensemble du centre-ville est resté le domaine réservé de la compagnie, de même que certains équipements de loisirs et l’organisation générale de la ville,
– les marchés de construction des logements ont été attribués sur concours à des entreprises immobilières travaillant en partenariat avec Disney sur la question du design des unités d’habitations,
– certaines infrastructures semi-privées telles que l’hôpital ou l’école ont été construites en coopération avec les groupes chargés de les faire fonctionner.
Sophie Didier

La Walt Disney Company fait tout pour recréer l’esprit d’un village. Tout d’abord, la plupart des pavillons ont un porche tourné vers la rue et sont tous proches les uns des autres pour encourager l’émulation et le sens de la communauté.
La ville est régie par des règles très strictes. Le comportement à avoir envers ses voisins est règlementé, le gazon doit être tondu régulièrement, il est interdit de se garer devant sa maison plus de quelques heures. Disney a un droit de regard sur la vente des maisons. Les nains de jardin sont interdits et si un résident veut repeindre sa maison il doit en aviser la Company (exactement la la Celebration Company émanation directe de la Walt Disney Company) qui choisira alors la couleur.
Les explications données par le patron de Disney, Michael Eisner, pour justifier la construction de la ville privée de « Celebration » près de Disneyworld, sont à cet égard tout à fait édifiantes. Dans son livre Profession magicien (ed. Grasset), il explique vouloir « concevoir une ville » selon plusieurs principes fondateurs dont un nouveau type d’éducation pour les enfants, et un système de santé « centré sur la prévention, le diagnostic, la vie saine, le bien-être physique et mental. »
Citation extraite de l’article Vers des villes privées ? Marketing N°54 – 01/11/2000 – François Bellanger
>>> voir l’article complet
J’aime beaucoup le bien-être mental des habitants d’une ville Walt Disney !

Le centre ville autour du plan d'eau. Photo taken by Bobak Ha'Eri. February 23, 2006. http://fr.wikipedia.org/ consulté en avril 2015
Le centre ville autour du plan d’eau. Photo taken by Bobak Ha’Eri. February 23, 2006. http://fr.wikipedia.org/ consulté en avril 2015

New Urbanism :
Les habitations suivent toutes un modèle d’architecture prédéfini. Il y a en tout cinq styles architecturaux « acceptés », tous pré-approuvés par Disney et s’inspirant des maisons coloniales, méditerranéennes, françaises, de Nouvelle-Angleterre ou encore victoriennes. Ces modèles se déclinent en sept tailles différentes qui sont mélangées dans les quartiers de la ville.

http://cybergeo.revues.org/docannexe/image/1147/img-2.jpg
http://cybergeo.revues.org/docannexe/image/1147/img-2.jpg

Les bâtiments publics ont fait l’objet d’une attention particulière, avec des commandes à la fine fleur des architectes post-modernes : l’hôtel de ville de Philip Johnson, le bureau de poste de Michael Graves, la banque de Robert Venturi, le cinéma de César Pelli.

Post-Office, Michael Grave arch. 1993 présente sur le site http://www.chroniquedisney.fr/ consulté en mai 2015
Post-Office, Michael Grave arch. 1993 présente sur le site http://www.chroniquedisney.fr/ consulté en mai 2015
Celebration, Town Hall, Philip Johnson arch., image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, Town Hall, Philip Johnson arch., image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, cinéma, César Pelli arch. image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, cinéma, César Pelli arch. image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015

Parmi les premiers architectes à s’être penchés sur le berceau de Celebration se trouve le duo Andres Duany/Elizabeth Plater-Zyberk, qui s’était déjà singularisé avec la création de la station balnéaire de Seaside. Ces deux architectes sont perçus comme les principaux promoteurs de la planification néo-traditionnelle et leur travail à Seaside a généré une abondante littérature critique (cf. notamment K. Falconer Al-Hindi & C. Staddon -1997, dernière parution sur ce sujet dotée d’une ample bibliographie). Leur expérience à Seaside se trouve renouvelée à travers Celebration, qui reprend ainsi l’essentiel des principes qu’ils ont mis en œuvre : référence à une ville du passé perçue comme idéale, sens de la communauté favorisé par la structure même de la ville, édification d’un code d’urbanisme très strict destiné à préserver l’intégrité du projet. Beaucoup plus qu’au projet avorté d’EPCOT, c’est donc à ce modèle néo-traditionnel que Celebration emprunte sa conception. Sophie Didier

Même si officiellement Celebration devait être ouverte à toutes les classes sociales et à toutes les communautés, le taux de pauvreté est seulement de 6 % et très peu de minorités dans cette ville. Il y a 94 % de blancs pour seulement 3 % d’asiatiques et 2 % de noirs. Quant aux pauvres ou aux classes moyennes, ils ne peuvent pas s’installer à Celebration puisque les prix vont de 150 000$ pour les appartements à plus de 800 000$ pour les plus grosses maisons (les modèles intermédiaires étant autour de 400 000$).

Celebration est directement connectée au parc Walt Disney World Resort, ce qui autorise les résidents (et leurs invités de passage) à pouvoir se balader dans n’importe quel endroit du parc sans avoir besoin de pass ou d’autorisation.

De 2002 à 2014, la Walt Disney Company revend progressivement Celebration, pour ne conserver en 2012 plus que le siège de Disney Vacation Club et celui de Disney Cruise Line.

En France, Disney, en partenariat avec l’État français, développe depuis 1987 une ville à côté de Disneyland Paris. Cette ville, dénommée Val d’Europe, aura à terme 1 000 hectares des 1 943 de son territoire développés par Disney et devrait compter 40 000 habitants. De 1989 à 2003, Disney aurait dépensé plus de 5 milliards d’euros dans ce projet (contre 500 millions pour l’État).
On reconnaît facilement dans cette ville nouvelle le style architectural néo-traditionnel de Disney avec des bâtiments faussement haussmanniens côtoyant des façades londoniennes ou italiennes, dans le pur style New Urbanism déjà testé.

Je vous propose une petite promenade dans le graphisme de Celebration, la signalétique en particulier.

Bibliographie

Sophie Didier, Disney urbaniste : la ville de Celebration en Floride, Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Dossiers, Colloque « les problèmes culturels des grandes villes », 8-11 décembre 1997, document 96, mis en ligne le 06 mai 1999, consulté le 01 mai 2015. URL : http://cybergeo.revues.org/1147 ; DOI : 10.4000/cybergeo.1147

Voir également le film de Philip B. Swift The Bubble – A Documentary Film About Celebration, Florida
Et le site officiel de Celebration : http://www.celebration.fl.us/

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