Archives de catégorie : Rencontres – invitations

Visite du FabLab L.F.O à la friche de la Belle de Mai

Le Studio Lentigo est allé visiter les L.F.O (pour Lieux de Fabrication Ouvert), le Fablab de la Friche de la Belle de Mai.

C’est Jérôme Abel qui nous a fait faire le tour du propriétaire.

Au programme: impression 3D, découpe CNC, et toutes les belles choses qu’on peux trouver dans un fablab!

Entretien avec Nathalie Cazals, Hôtel du Nord

Studio lentigo, lundi 28 octobre

Nathalie CAZALS, Coordinatrice projets et développement
COOPÉRATIVE HÔTEL DU NORD

Nathalie Cazals, Hôtel du Nord. L’invité du mois, 28 octobre 2013.

Nathalie Cazals est coordinatrice de la coopérative d’habitants Hôtel du nord.
L’origine du projet est ancrée dans une démarche citoyenne et collective émanant d’un groupe d’habitants qui travaillaient et vivaient dans les « quartiers nord » de Marseille, quartiers en proie à de fortes tensions sociales, urbaines. Cette démarche relève d’un fondement politique dans son sens humaniste : mieux vivre ensemble sur ces territoires. La démarche de ce regroupement de citoyens consiste aussi à exprimer la volonté d’exister en dehors de l’image trop évidente et stigmatisante de violence véhiculée par les médias, en dehors de phénomènes sociaux historiques très importants comme la perte d’emplois.
Les membres fondateurs d’Hôtel du Nord, tous habitants des quartiers nords, sont :
Gilbert Latour, PDG de Chimitex, l’une des dernières savonneries de Marseille située dans le vallon des Carmes aux Aygualades , Lucienne Brun, ancienne travailleuse sociale, écrivain, Samia Chabani (sociologue spécialiste des migrations), Julie De Muer (artiste marcheuse, coordinatrice des projets culturels), Christine Breton, conservateur honoraire du patrimoine et historienne.
Ces membres sont représentatifs de la volonté de la coopérative de réunir et de faire travailler ensemble à un projet commun des personnalités issues de milieux socio-culturels différents, de décloisonner les activités.
Hôtel du Nord a été fondé en 2011 à l’occasion des journées du patrimoine qui ont été l’occasion de se retrouver pour revaloriser le territoire. Mais, partant du constat que le patrimoine, pendant ces journées, n’est pas forcément très visible, l’outil de la marche urbaine a alors été proposé pour faire découvrir le patrimoine des quartiers nord.
Hôtel du nord défend une idée du patrimoine qui va du récit d’habitants au petit patrimoine industriel même si ce dernier n’est lisible qu’à travers une trace, un mur restant, ou un empilement de tuile. Ces lectures du paysage permettent de restituer et de transmettre l’histoire personnelle de l’habitant qui a connu l’usine, l’histoire du quartier, ce que représentait ce patrimoine industriel et de la raccrocher, en fonction des compétences de chacun, à la grande histoire du patrimoine industriel marseillais et au delà. La même démarche peut être menée partir de la notion de migration.

Les contenus obtenus à la suite « d’enquêtes » permettent de tisser du lien entre l’habitant qui a son propre récit, le curieux et le spécialiste.

La lecture de paysage urbain met en évidence les conséquences de rénovations urbaines comme la destruction des grandes barres d’habitation donnant lieu à relogement qui détruisent les relations de solidarité qui s’étaient tissées en les habitants.
Zora raconte son histoire d’habitante du quartier, elle a vécu son enfance dans les grandes barres du plan d’Au puis a été relogée dans des immeubles qui ont été construits derrière, sensés, dans le discours officiel leur offrir mieux puisqu’il s’agit d’un petit immeuble, sauf que les liens entre habitants ont été rompus et que « avant on avait vue sur la mer, maintenant on a vue sur ta mère ».

Hôtel du Nord défend une valorisation du territoire par l’habitant (et non par le professionnel) qui est celui dit détermine ce qui pour lui a de la valeur dans son environnement et dans son usage. C’est de là qu’émerge le véritable aspect participatif à partir duquel se rassemblent les richesses et compétences individuelles des différents acteurs et qui composent ensuite le contenu des balades.

Hôtel du Nord a pris le statut d’une coopérative et non d’une association pour pouvoir s’inscrire concrètement dans le champ économique de ces territoires. Des PME ont collaboré à des projets artistiques, ont vu l’intérêt que cela avait d’un point de vue économique
Hôtel du Nord propose des chambres chez l’habitant, des balades urbaines, et des produits qui favorisent les filières courtes (réservation et rémunération des chambres chez l’habitant et des balades via le site).
Les sociétaires achètent une part de la coopérative et bénéficient de ses outils. On compte aujourd’hui plus de 40 sociétaires (auteurs de balades, de livres, propriétaires de chambres louées selon le principe des chambres d’hôtes).

La question du sens du projet artistique se pose, plus qu’ailleurs, dans ces quartiers là. Les habitants veulent comprendre leur origine, leurs objectifs pour en admettre l’existence. Connaitre la valeur de son propre quartier, cela aide à vivre, même dans des quartiers dits défavorisés. L’art a son rôle à jouer, cela a du sens mais toujours en intégrant la justesse du contexte. Le lien avec les artistes doit reposer sur un travail qui se concrétise dans le temps. L’intervention artistique doit s’imbriquer aussi dans ce champ-là, en dehors de l’intérêt strictement artistique du projet.

Le but n’est pas d’amener les publics de ces quartiers dans les musées, mais de faire en sorte que « des choses se passent au pied de leur immeuble ».
Un exemple sur les artistes ayant fait une résidence dans une entreprise locale. Aller au-delà de la conclusion « c’était sympa d’avoir un artiste en résidence » et au-delà aussi de la restitution sous forme d’une exposition temporaire. « Impliquer l’artiste dans le champ de réflexion » de ces espaces rejetés, des habitants, développer « des projets artistiques qui viennent du territoire ». Ne pas oublier que les personnes qui organisent des « balades urbaines » présentent eux-mêmes le travail des artistes dont les interventions sont visibles. Beaucoup de questions posées quotidiennement, en particulier sur la production des œuvres, « qu’est ce qu’on aurait pu faire en termes d’aménagements des espaces quotidiens avec l’enveloppe allouée ? ».
En réponse à des questions des étudiants… Hôtel du Nord n’est pas producteur d’œuvres, il est à l’initiative de la requalification des quartiers. Les œuvres en font partie, HdN apporte des visiteurs (par les balades urbaines en particulier), par les liens qu’il entretient avec le groupe des « artistes marcheurs » mais ne produit pas lui-même.
HdN est une démarche citoyenne, réussie aujourd’hui en cela que la société civile peut se réapproprier son patrimoine.

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Marc Veyrat : Projets numériques : enseignement universitaire et recherche

Marc Veyrat, artiste multimédia, enseignant responsable de la License projet numérique de l’Institut de Management de l’Université de Savoie travaille sur l’interaction homme/machine, et développe un travail numérique interrogeant les supports de communication et la notion d’information.

Entretien avec les étudiants du studio Lentigo le vendredi 7 décembre 2008

Dominique Cardon, Web 2.0, réseaux sociaux et visualisation de l’information

Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire des usages de France Télécom R&D et chercheur associé au Centre d’étude des mouvements sociaux de l’École des Hautes Études en Sciences sociales (CEMS/EHESS).

Conférence et débat le jeudi 22 octobre 2009

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Notes prises au cours de l’intervention [R. Kerdreux, F. Entrialgo] :

1. Web 2.0 dit des réseaux sociaux participatifs. Proposition de typologie.

Une dualité définissant le web 2.0 par rapport au web 1.x : les listes vs les circuits.
Circuits :
– mach up – API ouvertes (ex google maps, flickr), pas toujours opensource mais les documents sont extractibles et ouverts pour circuler sur un autre document
– folksonomy ( par opposition à la taxinomie) : nuages de tags publics (l’inverse de l’arborescence), une hiérarchie sans « chef » par addition

Cela pose deux questions sociologiques
– Identités multiples : renforce l’idée que nous sommes plusieurs personnes à la fois, que différentes facettes se distribuent dans les individus (c’est un trait contemporain qui fait débat bien qu’il s’agisse d’une banalité sociologique). Sur internet, on n’a pas toujours envie d’être soi-même. Cette vision s’oppose à la vision des « ingénieurs » qui souhaitent attribuer une identité unique à l’usager pour lui simplifier la vie en regard de la multiplicité des plates-formes, des mots de passe… Or, les usagers s’accommodent assez bien de cette multiplicité.
– Design de la visibilité : les plate-formes sociales produisent des espaces de visibilité spécifiques de la forme de moi : qu’est-ce que je montre / comment suis-je montré ? (cf. Danah Boyd).

Il existe sur le web 2 processus d’individualisation :
– la subjectivation (curseur situé sur une échelle entre faire et être) : la reconnaissance de notre identité par les autres s’appuie davantage sur les gestes que l’on fait que par des caractéristiques de naissance (sexe, âge) ou des qualités dites « incorporées » (diplômes, destin professionnel). Des qualités des qualités plus mobiles (publication d’un texte, participation à une manifestation) sont identifiées et valorisées sur le web 2.0.
– processus de simulation (curseur situé sur une échelle entre réel et projeté) : opposition du réel et du simulé (envie d’être authentique, d’être reconnu comme ce que l’on est, mais aussi envie de projeter une image fictive – un potentiel / virtuel). Les raisons de « tricher » sont toujours bonnes (cf sites de rencontre). Projette l’engagement d’un futur qui est un projet de vie, de transformation de sa propre personne.

Proposition de taxinomie des sites de réseaux sociaux participatifs à partir des catégories identitaires repérées :

– plates-formes « paravent » (sites de rencontre comme meetic / rezog / ultum) : identité civile (sexe, âge et caractéristiques physiques). Critique : réification de l’individu.
– plates-formes en « clair-obscur » (skyblog, livejournal, cyworld, friendster, facebook) : identité narrative. Récit du quotidien à un public limité, que l’on connaît, et que l’on voit dans la vie réelle. Usagers souvent adolescents, excluant énergiquement parents et professeurs, réseaux très connecté, trés éclairé pour peu de monde.
– plates-formes « phares » (mySpace) : en réaction aux plates-formes en « clair-obscur » (les usagers de friendster créent des « fakesters » célèbres dont tout le monde est ami pour élargir le cercle trop restreint des proches). Sur MySpace, tout le monde voit tout le monde en étant ami avec Tom le fondateur. Les contenus sont différents, on ne montre plus la même choses : valorisation des pratiques amateurs (la photo est devenue sur Flickr un sujet de conversation. La production amateur devient un moyen de rencontrer des gens en signalant des intérêts expressifs de ces individus) évolution en site musical.
– Post-it : twitter, peuplade
– Lanterna magica (wow, Second Life) : identité virtuelle, avatar.

Le web n’est pas un espace public complètement transparent ouvert et avec les mêmes niveaux de visibilité partout. Cette plasticité est ce qui fait son intérêt. Un des grands risques du web est de devenir complètement transparent, qu’il n’y ait plus de zones d’ombres (que les moteurs de recherche puissent tout trouver)

Vocabulaire :
« bonding » : liens dans le réel poursuivis dans le réseau social
« bridging » : liens faibles dans le monde réel élargis dans le monde du réseau social (comment se montrer attirant pour les autres)

On peut constater des stratégies de l’exposition selon quatre types de représentation de soi :
– exposition traditionnelle : images rituelles classiques
– impudeur, corporelle : sexe, nudité
– exhib : la vie plus théâtralisée
– trash : mise en danger du corps

2. La sociologie des liens sociaux repose sur un rapport de fréquence et d’intimité

Liens forts coté intimité, peu de distance avec l’énonciateur, conversations quotidiennes, comme si le contenu du statut n’autorisait que certains (les proches) à intervenir.
Liens faibles à l’inverse, grande distance avec l’énonciateur, fil relationnel ditendu. Permet des échanges informationnels qui circulent largement dans le réseau. Liens plus intéressants parce que concernent des gens moins connus et un groupe plus large.

IdentitesNumeriquesCardonDominique Cardon, Le design de la visibilite un essai de typologie du web 2.0

Le web 2.0 travaille sur les liens distendus, latents et/ou contextuels [facebook ou les copains d’avant] donc élargit les relations ou laisse existants les liens faibles

– les SMS concernent les liens affectifs très proches et fréquents
– les mobiles les liens affectifs et contextuels

Petites conversations : conversations familières et quotidiennes sans distanciation entre le sujet (moi) et l’objet de la conversation. Les autres ne se sentent pas autorisés à intervenir

Grandes conversations : si il y a distanciation, alors les liens plus éloignés se sentent autorisés à intervenir

Hypothèse : faire une application facebook en forme de jeu pour faire un lien entre la nature de la conversation et la dimension du réseau relationnel

> Questions liées au design de l’information :
[cf design des graphes des réseaux sociaux]
–> remplacer la liste d’amis (forme non adaptée) par d’autres outils de représentation – tags lines
–> comment représenter le circulation et l’articulation des informations
–> visualisation des tout petits signaux (ex nombre de contributeurs dans les articles de wikipedia)

Les réseaux sociaux, à quoi ça sert ?

– à rendre la vie plus exitante
– à être narcissique (s’exposer pour être reconnu)
pour le modèle « vie d’artistes », à gérer une superposition imbrication entre vie professionnelle et vie privée
– à étendre son cercle de relationnel
– enjeu de reconnaissance
– information

3. Géolocalisation (living maps)

Notion de « carte vivante », passage d’une société du plan à une société de la carte.

nb : société du plan, y compris dans la dimension planification des taches

Ex1 : Foocamp / barcamp
Ex2 : manif / flashmob
Ex3 : site de rencontres / speeddating
Ex4 : agenda / planning Google

–> crise de la temporalité, de la planification

–> autres formes de réseaux et surtout de coordination qui induisent une préférence pour le présent, préservent la liberté de choix, produisent des opportunités relationnelles.

La carte permet de visualiser l’information sur les autres en temps réel.

3 types de cartographie émergent :
– république : prend vraiment un flux de toute la population où tout le monde copte avec la même voix, pas d’identification.
Ex. Urban mobs : la récupération des données pose de gros problèmes juridiques. Stratégies consiste à en faire un truc vaguement esthétique.
– tribus : des personnes similaires connues ou inconnues de vous. Je sais, dans une ville, sur une carte, où sont les jeunes, ou sont les riches… La demande existe.
enjeu politique de resectorisation des villes. pb politiques : segmentation, zonage…
Sense network.
– amis (aka aki)

Référence :
Dominique Cardon, Le Design de la visibilité : un essai de typologie du web 2.0.