La table d’orientation – programme 2011-12


Studio lentigo – programme année 2011-2012

Programme pédagogique, intentions

Au cours des années universitaires précédentes, le studio Lentigo à poursuivi avec constance, voire acharnement parfois, l’examen des divers impacts des technologies de géolocalisation, de réalité augmentée, celles liées à la mobilité et aux interactivités en insistant sur les modifications qu’elles apportent à notre environnement, à sa perception et de ce fait au métier de designer. La notion de ville augmentée fait se superposer deux niveaux d’informations, celles matérielles et physiques de l’espace et de son cortège de signes, et celles de la strate informative, réactive, adaptée à chacun, quelquefois « dialogante ».

La table d’orientation est un élément du mobilier urbain connu, typé voire quelque peu désuet. Au sommet d’un site, à l’orée de grands paysages, elle offre une sélection des éléments remarquables et les nomme, parfois oriente par l’indication des points cardinaux, plus rarement donne des directions vers des ailleurs invisibles. Cet objet est très certainement à ré-évaluer à l’aune de la ville augmentée.

Comment choisir ce qui doit être montrer, du monument figé ou de la vie parfois inattendue, du pouvoir ou des ses contre-pouvoirs, de l’en-dessous ou du à-construire, du maintenant face-à-vous ou du plus-tard, de la réalité tangible ou de la narration qui habite encore la place ou la rue face à laquelle nous sommes ? Comment le montrer, comment ces petits moments didactiques peuvent-ils s’assembler dans un récit qui nous emmène dans une dérive au sein d’une ville pourtant connue ? Est-il opportun de conserver cet objet dans ses stéréotypes, doit-il évoluer, être interactif, un i-phone géant ou une table de pierre ? Doit-il être unique, multiple, ensemble, relayé sur la toile, être la toile lui-même ?

« On trouve de tout à la Samaritaine », dit la réclame de ce grand magasin. Oui, tout et même un panorama d’où l’on voit tout Paris. Tout Paris ? Pas tout à fait. Si l’on monte au dernier étage de l’immeuble principal, un panorama de céramique bleutée nous permet, comme on dit, « d’embrasser la ville d’un seul coup d’œil ». Une vaste table circulaire légèrement penchée, désigne par des flèches gravées les repères du paysage parisien dessinés en perspective. Bientôt, le visiteur attentif s’étonne : « Tiens, mais où se trouve Beaubourg ? », « Où sont les collines boisées qui devraient se trouver au Nord-Est ? », « Quelle est cette grande flamberge de tour que le plan n’indique pas ? ». Le panorama de céramique, dressé par les Cognac-Jay, fondateurs du magasin, ne correspond plus au paysage dont le panorama de pierre se déploie sous nos yeux. La légende ne colle plus aux images. Paris virtuel se détache depuis longtemps de Paris réel : il est temps de mettre à jour nos panoramas. »

Paris ville invisible, Bruno Latour et Emilie Hermant, les empêcheurs de penser en rond, la découverte, 1998.

Ces questions constitueront le fil directeur au long court de l’année 2011-2012. Elles seront bien-sûr accompagnées de cours, d’entretiens, d’enseignements techniques abordables par tous (nous rappelons en effet que les projets doivent être réalisés). Elles seront raisonnées et mises en perspective au cours du séminaire « grand corps numérique » qui accueille François Bazzoli, historien d’art, dans le groupe. Le rythme de travail et de projet sera accentué au cours de deux séquences d’une semaine et d’une semaine et demi, les workshops UrbIC #3 et 4, du 12 au 16 décembre pour le #3 et du 22 au 30 mars pour le #4.

Nous souhaitons toujours que notre studio soit ouvert. Comme au cours de l’année précédente, Yannick Vernet, responsable des nouvelles technologies au Mucem, viendra nous rendre visite de temps à autre. Par ailleurs, un effort particulier à été fait pour nous entourer d’organismes publics et privés qui sont sensibles aux questionnements que nous abordons, en particulier dans les workshops mais pas seulement.