Une histoire et des théories du design / Introduction

UNE histoire et DES théories du design
DES THÉORIES/SOURCES/DISCIPLINES PLURIELLES POUR UNE (VERSION DE L’)HISTOIRE DU DESIGN.

TENTATIVE(S) DE DÉFINITION
DIFFICULTÉ À SE DÉFINIR (ENTRE PRODUCTION D’OBJETS ET PRODUCTION DE SENS)

« Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs, les praticiens, les observateurs semblent avoir renoncé à définir le design. Le sens du mot design serait trop variable d’une culture à l’autre, la notion serait trop complexe, les métiers seraient trop divers. Au point où certains se réjouissent de ce renoncement, prônant que le design n’a ni définition ni frontières. Même le Design Dictionnary s’avoue vaincu :
« au risque de vous décevoir, cher lecteur, il est impossible de donner une définition unique et faisant autorité du terme central de ce dictionnaire – design. » *
Cette attitude est récente et nouvelle mais ne va pas de soi. Elle favorise, hélas, les approches réductionnistes et les approches expansionnistes, qui parfois se confondent. Les premières consistent à réduire le design à du déjà connu, en le ramenant soit à l’architecture, soit à l’art, soit à la consommation, soit à l’industrie, soit à la technique, soit à l’artisanat. Les secondes consistent à voir du design partout et à étendre son champ d’application à tout ce qui nous entoure, soit sur un mode critique (…), soit sur un mode enjoué au service de l’addiction consumériste (…). »

* M. Erlhoff, T. Marshall (dir.), Design dictionary, Basel, Boston, Berlin, 2008, p. 104

Stéphane Vial, Le design, Que sais-je ?, PUF, 2015.

« Art!? Artisanat!? Industrie !? Tout cela et bien plus. Le design, écrit-on ici et là, est une pratique, une culture, une pensée, une conduite intellectuelle. Pourtant, si on recherche un texte éclairant ces affirmations, le curieux est déçu. À se plonger dans la littérature encore balbutiante sur le design français, l’indiscret constate qu’il s’agit essentiellement — sans minimiser ce type de travaux — d’une histoire linéaire qui retrace l’itinéraire de designers fameux ayant marqué leur époque ou encore d’une synthèse de quelques courants qui scandent les décennies du XXè siècle. La pensée de cette discipline s’ébauche ici et là dans les interstices des pages historiques, dans quelques déclarations de designers.
(…)
Il n’a pas de champ propre, ni de théorie, ni de défi nition stable. Il n’y a pas de distinction absolue, nette et défi nitive entre le design et d’autres champs auxquels il est actuellement rattaché comme l’art ou l’ingénierie. Il y a une perméabilité de ces disciplines entre elles sans que l’on sache à quel moment l’une s’arrête pour devenir l’autre.»

Marie-Haute Caraës, « Pour une recherche en design », Azimut n°33.

UNE THÉORIE « EN CRISE »

RÉFÉRENCES
Marie-Haute Caraës, « Pour une recherche en design », Azimut n°33.
Stéphane Vial, Court traité du design, PUF, 2010/2014
Alexandra Midal, Design. Introduction à l’histoire d’une discipline, Pocket, 2009.
John Thackara, In the Bubble. De la complexité au design durable, Cité du Design, 2008.
Hal Foster, Design & Crime, Les prairies ordinaires, 2008.

ÉTAT LACUNAIRE DE LA PRODUCTION THÉORIQUE /VS/ PROLIFÉRATION D’OBJETS ET DE LEUR MÉDIATISATION.
INCOMPRÉHENSION DU GRAND PUBLIC ET DE L’INDUSTRIE.
ABSENCE D’AUTONOMIE, DÉPENDANCE À LA LOGIQUE MARCHANDE.
Lire aussi à ce sujet le texte énervé d’Ettore Sottsass, « Tout le monde dit que je suis méchant » dans lequel il remet en question la légitimité de cette accusation.
IL EST PARTOUT ET NULLE PART À LA FOIS.

« Alors qu’il est né il y a plus d’un siècle, le design est toujours orphelin d’une théorie. Aucun « texte éclairant » dans la « littérature balbutiante sur le design français », aucune tentative pour « dire de manière précise le champ et les enjeux du design »

Marie-Haute Caraës, « Pour une recherche en design », Azimut n°33.

« Le design ne cesse de penser, mais il est incapable de se penser. Il n’a encore jamais produit une théorie de lui-même, comme l’art a pu le faire. »

Stéphane Vial, Court traité du design, PUF, 2010/2014

« À présent, le design semble avoir perdu tout lien avec l’utopie qui l’avait caractérisée depuis l’origine ainsi qu’avec la force critique dont il se réclama régulièrement.
Aujourd’hui le design semble n’être qu’un agent consumériste, et les designers des prestataires de service répondant aux désirs et aux besoins de consommateurs avides. Dans ces conditions, tandis que tout le monde parle de design et qu’il est presque impossible de savoir exactement ce dont il retourne, à quel destin le design peut-il aspirer ? »

Alexandra Midal, Design. Introduction à l’histoire d’une discipline, Pocket, 2009.

« Cela étant dit, les défis et les perspectives qui nous attendent ne sauraient être résolus par des designers agissant seuls pour notre propre compte. Les jours du designer star sont comptés. Nous avons répandu sur le monde des systèmes techniques complexes qui (…) s’additionnent aux écosystèmes préexistants ; dans ces conditions et quelle que soit la façon dont nous prenons les problèmes (…), compter sur le seul pouvoir du design ne suffira pas. Les systèmes complexes ne sont pas façonnés exclusivement par les designers mais bien par l’ensemble des personnes qui les utilisent.
Cela signifie que les professionnels du design doivent évoluer, ne doivent plus uniquement se considérer comme les auteurs d’objets ou de bâtiments mais devenir les porteurs du changement en y impliquant des groupes de personne de plus en plus importants.»

John Thackara, In the Bubble. De la complexité au design durable, Cité du Design, 2008.

« Ce débat ancien [celui qui opposa Adolf Loos aux designers de l’Art Nouveau] prend une résonance nouvelle aujourd’hui, à une époque où l’esthétique et l’utilitarisme, loin d’être seulement confondus, se sont aussi subsumés sous le commercial – où chaque chose, des projets architecturaux aux expositions d’art, en passant pas les gènes et les jeans, semble être considéré comme du design. (…) Le designer Art Nouveau résistait aux effets de l’industrialisation (…). Nulle résistance comparable chez le designer contemporain : il savoure les technologies post-industrielles et se réjouit de sacrifier la semi-autonomie de l’art à ses propres manipulations.
(…)
Une chose en tout cas est sûre : alors que l’on pensait que le circuit consumériste ne pouvait aller plus loin dan sas logique narcissique, il y est parvenu : le design favorise l’avènement d’un circuit de production et de consommation en voie d’atteindre à la perfection, sans laisser beaucoup d’ « espace de jeu » pour quoi que ce soit d’autre.»

Hal Foster, Design & Crime, Les prairies ordinaires, 2008.

POSITIONNEMENT INCONFORTABLE DES DESIGNERS
ENSEIGNEMENT SCHIZOPHRÈNE

QUE FAIRE ?

AMÉLIORER L’ÉDUCATION AU DESIGN ET SA RELATION AU MONDE DE L’ENTREPRISE (VIAL)
FAIRE DU DESIGN UNE DISCIPLINE DE RECHERCHE (CARAËS)
ÉCRIRE UNE HISTOIRE AUTONOME DU DESIGN QUI REPOSE SUR SES FONDEMENTS POLITIQUES (MIDAL)
PROMOUVOIR UN DESIGN ÉTHIQUE ET RESPONSABLE (THACKARA)


LE MOT « DESIGN »

LeMotDesign.001

LATIN « DESIGNARE » (« MARQUER D’UN SIGNE, DESSINER, INDIQUER)

SENS INITIAL (ITALIE QUATTROCENTO)
DESSIN + DESSEIN (MÉTHODOLOGIE DE L’ANTICIPATION DE L’OEUVRE À RÉALISER)

SE RÉPAND EN EUROPE ET AUX ÉTATS-UNIS À PARTIR DU XVIIÈ SIÈCLE.
SEUL LE FRANÇAIS REFUSE OBSTINÉMENT D’ADOPTER CE TERME
DESSEIN / DESSIN
« ARTS INDUSTRIELS » (XVIIIÈ S.)
« ARTS APPLIQUÉS » (DÉBUT XXÈ S.)
« ESTHÉTIQUE INDUSTRIELLE » (JACQUES VIENOT)
« DESIGN » À PARTIR DES ANNÉES 60.
MAIS SENS #

« Si d’aucuns considèrent que « design » vient du français « dessigner » ou « desseigner » qui, jadis, signifiait à la fois montrer, indiquer, déssiner, c’est néanmoins en référence à un usage anglo-saxon qu’il s’est imposé en France au cours des années soixante. En français, le terme n’a cependant pas tout à fait le même sens qu’en anglais, où, sans autre précision, il concerne un certain état d’esprit, une manière d’aborder la « conception » d’un objet nouveau. Ainsi les Anglo-Saxonx l’utilisent-ils aussi bien pour désigner les produits de l’artisanat que pour ceux de série fabriqués en usine : appareils, machines, véhicules, meubles, outils, ustensiles, vêtements, mais également tissus, papiers peints, imprimés, affiches, etc., sans oublier, lorsque leurs éléments sont préfabriqués en atelier, les bâtiments et les ouvrages d’art. Pour préciser le secteur auquel le terme se réfère, les Anglo-Saxonx lui adjoignent, de toute manière, un adjectif, et parlent alors de « product design », de « graphic design », de « shelter design », etc.
En France, dans un premier temps, lorsqu’il prend la relève « d’esthétique industrielle », le terme concerne essentiellement le domaine de « l’industrial design », et plus spécifiquement la production de série en usine des objets de consommation. Rapidement, il va pouvoir devenir synonyme de recherche stylistiquement innovante — pouvant aller jusqu’à un effet de mode — et sera alors plus nettement lié au mobilier et à l’architecture intérieure. Dans une large mesure, c’est ainsi qu’il est encore perçu aujourd’hui. »

Raymond Guidot, Histoire du design de 1940 à nos jours, Hazan, 2004, p. 11-12.

BIBLIOGRAPHIE

Marie-Haute Caraës, « Pour une recherche en design », Azimut n°33.
Hal Foster, Design & Crime, Les prairies ordinaires, 2008.
Raymond Guidot, Histoire du design de 1940 à nos jours, Hazan, 2004.
Alexandra Midal, Design, L’Anthologie, HEAD, 2013.
Alexandra Midal, Design, introduction à l’histoire d’une discipline, Pocket, 2009.
Victor Papanek, The Green Imperative. Ecology and Ethics in Design and Architecture, Thames & Hudson, 1995.
Victor Papanek, Design for the Real World. Human Ecology and Social Change, Thames & Hudson, 1971.
Ettore Sottsass,« Tout le monde dit que je suis méchant », Casabella n° 376, 1973, in Alexandra Midal, Design, L’ Anthologie, HEAD, 2013.
John Thackara, In the bubble. De la complexité au design durable, PSE / Cité du design, 2005.
Stéphane Vial, Court Traité du design, PUF, 2010.
Stéphane Vial, Le design, Que sais-je ?, PUF, 2015.

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