La Ford T

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La question de la standardisation est frontalement abordée à peu près à la même époque par le pragmatisme américain. En 1909, la production de la Ford T, connue pour être la première automobile fabriquée en série. Cela était pourtant loin d’être une évidence. Henry Ford a du batailler ferme pour se retrouver seul à la tête de son entreprise afin d’imposer son idée de la voiture pour tous. Un véhicule financièrement accessible au plus grand nombre impliquait de le fabriquer en grande série et sur le même modèle alors que la tendance était à l’époque au sur mesure artisanal.
La Ford T fut produite à plus de 15 millions d’exemplaires entre 1909 et 1926.
On dit que toutes les Ford T sont noires mais cela n’est pas tout à fait exact. La première année de production, 10607 exemplaires sont produits, de couleur verte ou rouge. Ce n’est que l’année suivante, quand la production est transférée dans la gigantesque usine de Highland Park, que les voitures sortent toutes de couleur noire. Ce fait ne relève ni d’un choix esthétique ni d’une décision arbitraire mais d’une contrainte technique : seul le vernis du japon noir séchait assez vite pour ne pas retarder la chaîne de production.
Le temps de fabrication diminue de façon spectaculaire : il passe de 12h30 à 1h30, le prix d’achat baisse également au fur et à mesure que les cadences de production augmentent : 825 $ en 1909, 260 en 1927.
Le design, dans cette histoire, ne se lit pas directement dans l’objet, à l’esthétique et au fonctionnement rudimentaire. Il est tout entier renvoyé dans l’intention de produire un véhicule accessible à tous qui préside à la conception de ce véhicule. On retrouve là les relations entre le design, le monde ouvrier, la mécanisation et ses excès (les cadences infernales des chaînes de montage), une intention politique (une voiture pour tous). Un design qui ne se réduit pas à l’esthétique des formes mais qui se mesure à l’aune d’une intention à la fois politique, sociale et économique et de son usage et de ses effets.