Arc Réactiver 2016-2017

Esadmm : Frédérique Entrialgo, Ronan Kerdreux, Rémy Marin, professeurs
Fond Régional d’Art Contemporain Provence Alpes Cote -d’Azur : Mélanie Sanchez, chargée des publics
Travail en cours, mars 2017

Textes intentions

Chloé Goyard
Objets de mesure, intermédiaires entre le verre mesureur et la cuillère à mesures

Charlotte se saisit de la cuillère, la plonge dans le pot en verre à coté du sel et des grains de sésames pour en ressortir la juste dose de poudre de grillons qu’il lui faut. Le léger goût d’amande s’accordera bien avec la banane, le cacao maigre et le lait de soja. Après un tour de blender, elle verse son smoothie matinal dans son tumblr et quitte, un peu en retard, son appartement.

C’est au tour de Tristan de faire à manger pour la colocation ce soir. Avec les endives qu’il reste au frigo il va pouvoir faire une énorme salade, il faut juste qu’il passe prendre des nèpes à la coopérative, cela remplacera le gorgonzola et John, qui n’a pas dû manger de la journée, aura au moins sa dose de protéine.

Lucie reçoit ses copines ce soir, un petit récapitulatif de ce qu’elle avait prévu s’impose, le vin de spiruline est au frais, les tofurky feuilletées sont prêtes à passer au four, les sauterelles au cumin, les sablés camu / poudre de termites rouge pour aller avec le houmous, et les craquers au parmesan. Il suffit de couper les carottes et les filles peuvent arriver.

Objet référent : cuillère saupoudreuse à sucre


Cuillère saupoudreuse dans le sucrier

Argument

Si manger des insectes pose aujourd’hui une question d’exotisme alimentaire, il se pourrait que l’antomophagie devienne une évidence voire une nécessité dans les décennies à venir. Nous serons 9 milliards sur terre en 2050. Pour satisfaire les besoins seulement rudimentaires, la production mondiale de viande va devoir doubler. Or les surfaces agricoles dédiées à cette production sont déjà saturées. L’élevage et la consommation d’insectes nécessite sept fois moins de végétaux, cinquante fois moins d’eau et produit cent fois moins de gaz à effet de serre.
Le projet Farinen/ Kiyé(cte) propose de reconnecter les consommateurs avec une gestuelle oubliée. À la suite d’une époque où nous avons pris pour habitude de nous approvisionner dans les grandes surfaces, avec des conditionnements prédéfinis et calibrés. Le grand retour au vrac dans des soucis d’économies et/ou écologie m’ont conduit à imaginer un nouveau scénario et de nouveaux objets qui incarnent cette évolution de la consommation. J’ai pour cela re-dessiné une cuillère à saupoudrer, une pince à insectes.

Dans mon scénario, le consommateur se sert de la cuillère afin de saupoudrer sur son assiette, verre, tasse, etc., la poudre d’insecte afin d’avoir sa dose de protéines et vitamines journalière recommandée.
Se saisir à doigts nus des insectes, bien qu’ils soient déjà préparés pour la consommation, n’est pas ce qu’il y a de plus agréable. Pour les plus téméraires, qui osent le défi ou qui ne sont pas dérangés par l’aspect de cette nourriture, la pince à insectes permet de sélectionner l’insecte et de le porter à la bouche en toute élégance.
Manger des insectes au 21è siècle est aussi exotique que de pouvoir saupoudrer le sucre de canne nouvellement importé des plantations d’Amérique au moment où ces cuillères saupoudreuses sont nées.

Ce projet-manifeste soulève quelques questions autour de nos habitudes et réticences gustatives, de l’influence de notre culture sur la formation de notre éducation alimentaire, sur notre goût, de notre rapport à la nature et par conséquent de notre capacité à apprécier les produits naturels.
J’aborde aussi la question du geste et des outils qui s’effacent suite à l’évolution de l’industrie agroalimentaire et de notre mode de consommation.

Suzon Gazel
La malle de voyage
Dans l’ombre de nos pas

Tatiana est coquette. Cet après-midi dans son petit studio parisien, elle prépare Wa, sa malle de voyage. Elle va rejoindre ses amis sur la côte atlantique pour les vacances.
Mais, pour une coquette, chaque tenue, chaque accessoire se doit d’être en osmose avec elle-même et son environnement. Il lui est impossible de faire des concessions !
Le temps file, l’heure du départ approche ! Heureusement Tatiana ne portera pas son bagage et ne sera pas handicapée par le poids de celui-ci.
Elle part vite, claque la porte et Wa la suit, dans l’ombre de ses pas.

Objet référent : la malle de cabine ou malle transatlantique

Images sur le site www.aboveluxe.fr/new/maisons-de-luxe/goyard/malle-cabine/ consulté en mars 2017

Manon Gillet
Le prie-dieu

PRAY FOR CHARGE
Marie arrive à Marseille, se perd dans ses rues, se fond dans la foule. Elle prend tout son temps, découvre la ville. Mais lorsque la journée décline, elle se rend compte que son portable ne s’allume plus. Ne pouvant plus retrouver son chemin, elle marche jusqu’à arriver sur une grande place. Son œil est alors attiré par une chaise haut perchée intitulée  »Pray for charge ».

Aujourd’hui la technologie est omniprésente, nous ne nous imaginons pas vivre sans, elle est notre magie. Pour certains elle est élevée au rang de Dieu, devenant une religion dont les portables se font la Bible. Perdus sans notre smartphone, la prière nous sauve à la force de notre chaleur corporelle. Pour recharger notre batterie il nous suffit de nous élever vers les cieux et de joindre nos mains.

Objet référent : le prie-dieu

Antoni Gaudi, prie Dieu

Marion Didier
L’écritoire. une nouvelle version numérique.

« Si tu as l’occasion vas voir, c’est top ! », « Je t’ai transféré le mail de Fanny. Bisous », « On se rejoint à quelle heure? :) ». Ces messages se perdent sur le mur entièrement recouvert de messages tirés des sms reçus par les visiteurs du FRAC. Léna s’approche de l’installation et s’empare d’un stylo pour apporter sa pierre à l’édifice. Elle choisit dans son téléphone un texto et le recopie avant de le mettre au mur. Elle observe au passage toutes ces écritures différentes : des pattes de mouche et de grandes lettres rondes se côtoient. Au-dessus elle découvre une écriture fébrile et plus loin les lettres appliquées d’un enfant. Toutes ces nuances devenues invisibles, noyées dans l’écriture numérique et les polices normées reprennent vie dans cette salle.

Objet référent : l’écritoire

Image sur le site www.antiquites-catalogue.com/piece/244166/ecritoire-13/ consulté en février 2017

Texte explicatif :

L’écritoire est un petit meuble qui contient le nécessaire pour écrire (encre, papier, plume, etc). Parfois c’est un simple coffret qui peut être plus ou moins ouvragé et complexe. Il est lié à la pratique de l’écriture manuscrite. La communication par écrit est toujours aussi présente aujourd‘hui, avec les échanges de mails et sms, les discussions sur les réseaux sociaux, mais des outils comme l’ordinateur ou le smartphone ont remplacé le papier et le crayon. Le support électronique présente de nombreux avantages mais l’écriture à la main dit autre chose de nous. C’est un geste singulier que j’aimerai remettre en valeur dans ce projet.

Luc Di Giorgio
Corsets et crinolines

Que cache-t-on ? Que montre-t-on? Quelle image laisse-t-on?
Ce vêtement interroge notre regard sur le corps. Au départ, sa transparence révèle le corps dans toute son intimité. A l’approche d’une personne, le vêtement capte le regard et s’opacifie de la couleur de la peau du porteur.
Que voit-on ? Que regarde-t-on? Que crois-t-on avoir vu?

https://www.etsy.com/fr/listing/217516094/corset-costume-utilise-dans-lancien

Argument

Depuis toujours les canons de beauté ont imposé une vision précise de ce que le corps devait être. Le corset en est l’exemple parfait. Il a tout d’abord servi à diminuer les différences morphologiques entre hommes et femmes. Puis, ce n’est que par la suite qu’il a servi à accentuer les caractéristiques du corps selon les canons de beauté de l’époque.
Il est le vêtement le plus emblématique de la transformation du corps car c’est un véritable modelage que le corps subit afin que l’homme puisse le mettre en valeur et en montrer tel ou tel aspect.
Et ce besoin ou envie a perduré au fil de l’histoire. Actuellement, la chirurgie esthétique et le culte du corps musclé et entretenu sont d’autres exemples des possibilités que l’homme a eu pour modeler ou transformer son corps.
Et c’est tout d’abord à cause du regard de l’autre sur soi que l’on souhaite façonner son corps à sa guise pour le transformer. Mise à part dans l’intimité la plus totale, nous somme toujours confronté à celui-ci. Et c’est ce regard qui nous demande de prendre position sur ce que l’on souhaite montrer, ou cacher.
Mais ce qui fait la force et la singularité de l’homme, c’est sa capacité à choisir ce qu’il veut faire de son corps, ce qu’il veut en dévoiler ou pas. Si à l’époque du corset, les codes sociales limitait les choix possibles sur ce que l’on avait le droit de montrer ou non, l’époque contemporaine permet une liberté de choix plus importante même si elle n’est pas encore totale.
Ce point de vue sur le corps nous permet de nous questionner sur le regard que l’on porte actuellement sur nos corps. Les contraintes contemporaines ne sont peut être plus aussi importante qu’avant mais l’influence du regard de l’autre sur notre propre corps est toujours présente. Que l’on souhaite dévoiler notre corps ou le cacher nous savons que le regard de l’autre sera toujours présent.
Ce vêtement a donc la capacité de rester transparent s’il n’y a personne aux alentours et de s’opacifier quand ses capteurs saisissent le regards à l’approche de quelqu’un. Il aurait donc, par sa transparence, la fonction de laisser au corps la liberté d’être vus tout en le protégeant du regards de l’autre.

Tatiana SEGADO MARTINEZ

Il est 13h30, François revient de sa pause déjeuner ; il s’assoit lourdement sur sa chaise et tente de commencer à travailler ; mais ses yeux sont lourds, et peinent à se concentrer sur son écran d’ordinateur. «Une petite sieste me ferait du bien, mais… MJ pourrait me surprendre…!» Se dit-il.. «Faites-le et ne vous cachez pas!» Rétorque le scientifique, «le corps a besoin de se régénérer au cours de la journée! Cela améliorera indéniablement votre productivité!»; Maintenant au fait de cette nouvelle, François s’empresse alors de retourner sa chaise de travail; telle une voyelle, il s’assoit dessus à califourchon ; un coussin jaillit du dossier, permettant à François quelques minutes de récupération avant de retourner travailler, plus motivé et plus efficace que jamais, à la grande joie de MJ.

Xejin Lee
Pierre d’encre
Passer du temps pour mieux savourer un plaisir (manger du chocolat par exemple)

la pierre à encre est un outil d’Extrême-Orient (Corée, Chine et Japon) utilisé en écriture et calligraphie. Elle sert à y frotter un bâton d’encre dans de l’eau afin d’obtenir de l’encre de Chine liquide. Pour obtenir de l’encre de chine avec la pierre à encre, il faut beaucoup de temps et d’énergie. Écrire est ainsi un geste rituel.
Le temps, l’effort et l’énergie sont souvent des paramètres qui apportent de la valeur. J’aimerais interpréter cette idée pour un geste qu’on fait trop vite dans notre quotidien d’aujourd’hui.

< 벼루는 극동에서 글을 쓰거나 서예를 위해 사용되던 도구이다. 벼루에 물을 넣고 연을 오랫동안 갈면 먹물을 만들 수 있다>. 벼루를 이용해서 먹을 얻기 위해서는, 많은 체력과 시간이 필요하다. 이런 과정을 통해서 ‘쓰는’ 행위는 하나의 의식이 된다. 시간, 노력, 체력은 보통 가치를 가지고 오는 역할을 한다. 이런 벼루의 특성을 재 해석해서 우리가 일상생활에서 너무 빨리 해버리는 행동들을 더욱 느리게 할 수 있는 오브제를 디자인하는 것이 이 프로젝트의 아이디어였다.

Objet référent : la pierre d’encre, dispositif pour produire son encre



Davy Madamour
Pipettes à ré-employer

>>>> retour vers la vie du studio