Archives de catégorie : Enseignants

Ross Lovegrove, bio succinte

1958 : naissance à Cardiff, Pays de Galles

1980-83 : diplômé de l’école polytechnique de Manchester et du Royal College of Arts de Londres.

Travaille chez Frog Design (Ge)

1984-87 : Knoll International à Paris

Rejoint l’Atelier (Nîmes) avec Jean Nouvel et Philippe Starck

Cacharel, Louis Vuitton, Hermès et Dupont

1986 : Londres, Kartell, Cappellini, Moroso, Luceplan, Airbus Industries, Japan Airlines, Yamagiwa Corporation

1990 : ouverture du Studio X à Notting Hill

1994 : se consacre à l’énergie solaire

2005 : concept car Swarovski Crystal Aerospace

2012 : collaboration avec Renault pour la voiture électrique Twin Z

2014 : pavillon Barrisol, Courtrai, 24° biennale Intérieur

>> retour vers l’article Ross Lovegrove (lien à venir)

Sun City, Arizona

Sun City, Arizona
Construite en 1959 et ouverte en 1960
Première communauté américaine exclusivement réservée aux retraités actifs (plus de 55 ans)
Créateur, Del E. Webb
Actuellement 38 500 résidents, dont la moyenne d’âge est de 72,4 ans.

SunCity01
Image : Crédits : REUTERS/LUCY NICHOLSON présente sur le site lemonde.fr (Le Monde | 17.01.2013 à 15h58 • Mis à jour le 18.01.2013 à 11h04
>> Voir impérativement le diaporama du Monde sur Sun City.

SunCity02
Image sur le site http://roguecolumnist.typepad.com/rogue_columnist/2010/01/phoenix-101-sun-city.html dont je recommande l’article.

Sun City en Arizona est la première communauté privée réservée aux personnes âgées de plus de 55 ans. La première parce que Del E. Webb, promoteur immobilier en lança d’autres par le suite, une du même nom en Californie, une autre en Floride, une Sun City West et une Sun City Grand à quelques kilomètres de la première.
J’ai dans un premier temps trouvé étrange (puis consternant) que les personnes âgées souhaitent se mettre à l’écart, en isolement, de la vie urbaine, de l’actualité, de l’énergie. Naïvement, il me semblait au contraire qu’elles aspiraient à ne pas être coupées du monde extérieur, des actifs. Voire même qu’elles pouvaient trouver leur compte dans le fait de rester un peu actives, ou utiles. Au-delà de la peur de l’agression, du vol, que leurs performances physiques pouvaient éventuellement rendre plus aigüe.
Pourtant, Sun City (et ses petites soeurs) est une réussite (détestable à mon sens) et cette ville hors du monde, close sur elle-même le démontre. Et comme c’est bien le cas, il s’agit d’autre chose, d’autres critères, ceux liés à la ségrégation volontaire et excluante, l’absolu contraire de ce que Hannah Harendt appelait « l’exposition à l’altérité ». A Sun City, pas de jeunes, ces derniers étant considérés comme inopportuns, présents (à 17%) uniquement dans les jobs d’accompagnement et les enfants de moins de 18 ans sont acceptés au maximum 30 jours par an, de préférence pendant les vacances scolaires. La piscine ne leur est ouverte que deux heures par semaine. Et il n’y a pas d’exception.
Re-ségrégation également, bien-sûr, dans la stratification de la population, au-delà de l’âge : en 2000, on comptait 38 309 habitants à Sun City dont 195 noirs (afro-américains selon la formule consacrée) -par comparaison, le pourcentage au sein de la population totale est de 12% (wikipedia) bien que ce recensement soit sujet à caution- Je n’ai pas trouvé (encore) d’étude sur les revenus ou sur les références culturelles mais je ne serais pas surpris qu’ils aillent dans ce même sens. On peut s’en faire une idée avec les prix de vente des villas, comme à Celebration (voir l’article à ce sujet).
Il s’agit donc bien de recréer un monde à-part, selon des critères pré-définis et assumés, qui nie la complexité de la ville, ses tendances à la co-habitation, ses mouvements quelques fois convulsifs du « vivre ensemble ».

Sun City Arizona Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/
Sun City Arizona
Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/
Sun City Arizona Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/ consulté en mai 2015
Sun City Arizona
Image sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/ consulté en mai 2015

Bibliographie
Marco d’Eramo : Du Minnesota à l’Arizona, Le rêve americain d’une ville sans ville in « Paradis Infernaux, les villes hallucinées du néo-capitalisme » sous la direction de Mike davis et Daniel B. Monk,
Les Prairies ordinaires, 2008.
publié également sur le site http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2013/05/usa-privatopia.html
lequel site nous conseille également d’aller voir le film promotionnel « SUN CITY » datant des années 1960
parties 1 et 2 :

>>> vers l’article Celebration
>>> vers l’article Val d’Europe
>>> vers la page principale Ville privées, villes fermées

Le monokini, 1964

Ronan Kerdreux

Monokini
Dessin de Fee Keller, présent sur le site wikipedia.org consulté en avril 2015

Le monokini est à l’origine une culotte avec bretelles dévoilant les seins de la femme, conçue au milieu des années 1950 et lancé au début des années 1960 par Rudi Gernreich avec les conseils de Susanne Kitland, de Look.
Le principe a été conçu comme une protestation contre la société répressive. Le maillot est porté publiquement pour la première fois par Carol Doda, strip-teaseuse à San Francisco, au Condor Club (une des premières femmes à recourir aux implants pour augmenter le volume des seins). Cet évènement marque le début des bars topless aux États-Unis.

1964 : topless à Molitor pour Life Magazine présente sur le site https://nistagmus.wordpress.com/ consulté en avril 2015
1964 : topless à Molitor pour Life Magazine présente sur le site https://nistagmus.wordpress.com/ consulté en avril 2015

En France, l’apparition du monokini date de 1964. Elle est indissociable de l’émancipation des Françaises. Les analyses ne sont pas différentes pour ce qu’on appellera par extension ensuite monokini, c’est-à-dire la pratique des bains de soleil avec la culotte du maillot de bain et la poitrine dénudée. Aujourd’hui, ce mouvement a beaucoup perdu sous l’impact de deux paramètres : d’une part, cette attitude n’a plus la portée symbolique qu’elle avait dans les années 60 ; d’autre part, le soleil devient progressivement un danger dont il faut se protéger.

Baigneuse en monokini à Cannes Date : 17/05/1963  Crédits : Fallot Daniel / INA  Présente sur le site http://photo.ina.fr/ consulté en avril 2015
Baigneuse en monokini à Cannes
Date : 17/05/1963 Crédits : Fallot Daniel / INA
Présente sur le site http://photo.ina.fr/ consulté en avril 2015

On pourrait faire un tour d’horizon avec les rapports au bronzage dans l’histoire des mœurs sans doute fort intéressant. D’abord signe marquant d’une population travaillant dehors, et donc méprisé pour cela par une part des sociétés aristocratiques et bourgeoises, puis signe de santé et de pratique du sport, de fréquentation de la nature, jusqu’à la grande mode des UV (voir les « tatas-caramel » à Marseille), signe d’inconscience vis-à-vis des dangers du soleil (mélanomes), ou encore les marques de bronzage, bronzage camionneurs, marques du maillot de bain, signal érotique ou leur absence, signe de libération sexuelle…

Voir aussi :
Pascal Ory, L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle, Éditions Complexe, 2008

« Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène, caractéristique du tournant des années 1930, et en propose, au delà des réponses périphériques parfois avancées, du goût de Coco Chanel aux congés payés, qui offrent chacune leur intérêt, une approche plus structurelle. La grille d’interprétation nécessite de faire converger vers cet objet tout à la fois le discours scientifique de l’héliothérapie, la nouvelle économie des cosmétiques, la politique de l’aventure coloniale, la culture du plein-air, voire l’expression d’un nouvel homoérotisme. La détermination essentielle reste, comme il se doit, de nature proprement culturelle, puisqu’elle combine stratégie sociale de distinction des élites et progrès général des valeurs hédonistes. »
>>> fiche Pascal Ory

Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, Paris, Pocket, 2001

>>> Pourquoi les françaises se mettent-elles moins à nu ? (article de l’Express)

Quelques précisions de vocabulaire :
Bikini : brevet déposé en 1946. A l’origine, interdit par la loi en France, Espagne et Italie, popularisé par Brigitte Bardot et Ursula Andress dans les années 60.
Monokini : voir ci-dessus.
Tankini : haut de maillot en forme de débardeur, descendant donc sur le ventre et les reins.
Trikini : bikini dont les deux pièces sont reliées par des anneaux ou une pièce de tissu (quelque fois appelé maillot de bain brésilien).
Burkini : marque déposée australienne en 2006. Vêtement de bain couvrant le corps pour certaines femmes musulmanes (à préciser selon le degré de pratique de la religion). Interdit par arrêtés municipaux sur certaines plages françaises.
Fatkini : maillot de bain deux pièces (bikini) dessiné et porté par des femmes rondes (vocabulaire à préciser dans la mesure où ce terme est surtout employé de manière revendicatrice en condamnation de la « règle de la maigreur »).

Extension de l’article : ce point reste à développer mais d’une manière générale, la question du maillot de bain et du corps exposé est extrêmement sociale, avec les questions autour des poils, des corps minces voire parfaits, voire retouchés dans les publications commerciales, des push-up ou maximiseurs de poitrine…

Bibliographie : Sea, sexisme and sun de Véronique Laurent, in Moustique du 28 juin 2017

Val d’Europe

Val d’Europe est le nom d’un secteur de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée (inaugurée en 1969), à 35 kilomètres à l’Est de Paris. Depuis 1987, le développement du Val d’Europe se fait dans le cadre d’un projet d’intérêt général et d’un partenariat public-privé unique en France, associant l’État, les collectivités territoriales et la société Disney qui exploite le complexe Disneyland Paris.

Lors de son inauguration, la ville nouvelle de Marne-la-Vallée n’est pas terminée. Le premier choc pétrolier pousse longtemps l’état à envisager l’abandon des secteurs restant à aménager.En 1985, The Walt Disney Company est en négociation avec les pouvoirs publics français pour la création d’un parc de loisirs Disneyland ainsi que la maîtrise de son environnement urbain, sur le site de Marne-la-Vallée. Ces négociations aboutissent à la signature, le 24 mars 1987, de la convention pour la création et l’exploitation d’Euro Disneyland en France. Signée entre l’État français, l’Epamarne, les collectivités territoriales, la RATP et The Walt Disney Company, cette convention a instauré un partenariat public-privé sans précédent en France. Initialement conclue pour une période de 30 ans, elle prévoit le développement combiné d’une destination touristique majeure en Europe, Disneyland Paris, et d’un pôle urbain et économique destiné à rééquilibrer l’Île-de-France vers l’Est.

Le projet d’intérêt général d’origine couvre la majeure partie des 3 233 hectares du secteur IV de l’époque, composé des communes de Bailly-Romainvilliers, Chessy, Coupvray, Magny-le-Hongre et Serris, auxquels s’ajoutent 37 hectares sur la commune de Montry, 71 hectares sur la commune de Coutevroult et 70 hectares sur la commune de Villeneuve-le-Comte. La part déléguée à la société Disney porte sur 1 945 hectares de cet ensemble.

Image sur le site http://www.disneycentralplaza.com/ consulté en mai 2015
Image sur le site http://www.disneycentralplaza.com/ consulté en mai 2015

Le fait qu’Euro Disney, détienne une option prioritaire d’achat sur 1 945 hectares de terrain en contrepartie d’un engagement à développer des quartiers de logements, de bureaux et d’activités, représente le seul cas en France, à cette échelle, d’implication d’une société privée dans l’aménagement urbain.

1992 : ouverture de la gare de Marne-la-Vallée – Chessy, de la première desserte autoroutière, du parc à thèmes Disneyland, et des premiers hôtels à thèmes Disney. Quelques opérations de logements, développés en zones d’aménagement concerté, eurent lieu dès 1995, en périphérie des villages de Bailly-Romainvilliers, Magny-le-Hongre et Serris. Puis vint l’essor du nouveau centre urbain du Val d’Europe, à cheval sur les communes de Serris et de Chessy, à partir de l’ouverture du centre commercial international en octobre 2000 et de la gare RER de Val d’Europe en juin 2001. Cet essor s’est poursuivi depuis lors par la création de plusieurs quartiers de logements et de bureaux, avec leurs rues et leurs places emblématiques telles que la place d’Ariane et la place de Toscane.

Un avenant à la convention de 1987 est adopté le 14 septembre 20109 et officialise le projet de Villages Nature, un village de vacances de 7 000 logements, développé conjointement par Euro Disney et le groupe Pierre & Vacances-Center Parcs sur 520 hectares. Pour ce projet, l’emprise déléguée à la société Disney est étendue à 2 230 hectares et le périmètre du projet d’intérêt général du Val d’Europe est étendu sur une part importante de la commune de Villeneuve-le-Comte ; laquelle est rattachée au périmètre de compétence d’Epafrance par décret le 13 décembre 2011.

Architecture :
Comme pour la ville Celebration, les styles architecturaux des bâtiments sont définis, d’inspiration « néo-traditionnelle » adaptés cette fois-ci à la « vieille Europe » (Haussmann, Baltard, certaines architectures londoniennes que l’on retrouve aussi dans l’ouest parisien).

Stanhope Gate Architecture, image sur le site https://www.stanhopegatearchitecture.com/news-publications/val-deurope-serris-disney/
Projet du Quartier du Parc, Serris

Valérie Vautier et Véronique Wild dans une étude ethnologique baptisée L’Oasis urbaine. Disney bâtisseur aux portes de Paris (Val d’Europe) écrivent :
« Avec le style « néo », l’image est privilégiée au détriment de la fonctionnalité des bâtiments pour donner naissance à un décor urbain sans réelle profondeur. La référence aux fermes briardes dans le village de Serris en est un bon exemple : cette forme architecturale ne fait qu’évoquer la vie rurale. La fonction d’économie agricole qui est naturellement accordée à ces structures fermières est ici totalement oubliée. De la même manière, la référence au Paris d’Haussmann pour les édifices de la place du centre-ville n’a de sens qu’en tant que évocation de la bourgeoisie et perd sa valeur originelle en lien avec le système de classe qui avait cours au XIXe siècle. Nous sommes ainsi en présence à Val d’Europe d’une tendance à privilégier l’aspect formel sur celui plus fonctionnel des bâtiments. En conséquence, la prédilection accordée au signifiant plutôt qu’au signifié – ou au médium plutôt qu’au message – s’inscrirait à contre-courant du mouvement moderne qui préconise au contraire une conformité entre les deux niveaux d’une construction architecturale. »

L’urbanisme expérimenté à Val d’Europe est en étroite filiation avec le courant appelé New Urbanism qui se développe aux États-Unis où il s’agit de construire des villes selon un schéma « traditionnel », c’est-à-dire antérieur aux années 1940.

Image sur le site de Lionel de Segonzac, architecte, site http://lionel.desegonzac.free.fr/projets/concours/val-europe-etude-architecturale.php

Le questions posées sont toutes de l’ordre de la ségrégation sociale inhérente aux projets de villes « idéales » de la Walt Disney Company. Elles sont schématiquement résumables par le principe développé par Hacène Belmessous et intitulé par lui-même le séparatisme comme nouvelle utopie urbaine. Un urbanisme que les habitants estiment mériter par leurs efforts et les prix des logement, qui rejette à l’extérieur toute la complexité et le chaos du monde, toute cohabitation, tout « dérangement » au profit d’un monde lisse, propre, soumis à des règlements injonctifs. Sur le plan architecture et paysage, il s’agit d’évoluer dans un univers de formes qui ne sont que citations creuses d’archétypes issus d’une culture dépassée, des formes rassurantes qui nous replongent dans un passé ré-écrit, sécurisant en cela qu’il permet d’oublier les incertitudes du présent.

Bibliographie
Hacène Belmessous (responsable scientifique de la société Auxime), Le Val d’Europe ou l’avènement d’une nouvelle forme de coexistence sociale, rapport commandé par le Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Plan Urbanisme, Construction et Architecture, Juin 2007
Valérie Vautier et Véronique Wild, L’Oasis urbaine : Disney bâtisseur aux portes de Paris (Val d’Europe), Université de Neuchâtel,‎ 2007
http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Val_d%27Europe&action=history : Val d’Europe, éditeur : Wikipédia, 9 décembre 2014, page consultée le : 27 avril 2015 – Lien vers la version citée : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Val_d%27Europe&oldid=109799069. Numéro de version : 109799069

Et plus récemment, un article sur le débat qui anime le projet Europa City dont nous parlerons prochainement, un aménagement porté par le groupe Auchan et le groupe chinois Wanda à Gonesse.
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/28/20002-20170828ARTFIG00008-coup-dur-pour-le-projet-europacity.php

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New Urbanism ou nouvel urbanisme

Le mouvement du Nouvel urbanisme cherche à rompre avec les principes de la Charte d’Athènes et à retrouver les principes de génération et de composition des villes anciennes (charte de Nouvel urbanisme1), en ce qui concerne l’aménagement des espaces urbains, tandis que les bâtiments eux-mêmes peuvent revêtir des apparences plus ou moins modernes. La charte du Nouvel urbanisme, a été traduite en français par Jean-Maurice Moulène, architecte-urbaniste, au cours de ses six années de collaboration avec Stefanos Polyzoides et Liz Moule.

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Celebration

Ville privée américaine située en Floride, crée et administrée par l’entreprise Walt Disney Company.
Fondée en 1994, près de la ville de Reedy Creek (à l’origine, les terrains relevaient de cette ville).
7427 habitants en 2010.
Coordonnées : 28° 19′ 12″ Nord 81° 32′ 25″ Ouest.
2 770 ha.
Idée de départ : construire une ville parfaite, sans criminalité et avec un cadre de vie agréable.
Slogan : vos voisins seront vos amis
Urbanistes : agences Robert Stern et Robertson & Cooper.

Celabration, vue aérienne prise depuis Google Earth en avril 2015
Celabration, vue aérienne prise depuis Google Earth en avril 2015

De son vivant, Walt Disney étudiait sérieusement l’hypothèse de villes nouvelles, idéales, appelées ESCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow, sorte de Smart City avant l’heure). En 1988, la nouvelle direction de Michael Eisner a ressorti ces projets des archives.
A partir de 1992, le projet est entré dans sa phase active, selon une triple logique d’intervention :
– l’ensemble du centre-ville est resté le domaine réservé de la compagnie, de même que certains équipements de loisirs et l’organisation générale de la ville,
– les marchés de construction des logements ont été attribués sur concours à des entreprises immobilières travaillant en partenariat avec Disney sur la question du design des unités d’habitations,
– certaines infrastructures semi-privées telles que l’hôpital ou l’école ont été construites en coopération avec les groupes chargés de les faire fonctionner.
Sophie Didier

La Walt Disney Company fait tout pour recréer l’esprit d’un village. Tout d’abord, la plupart des pavillons ont un porche tourné vers la rue et sont tous proches les uns des autres pour encourager l’émulation et le sens de la communauté.
La ville est régie par des règles très strictes. Le comportement à avoir envers ses voisins est règlementé, le gazon doit être tondu régulièrement, il est interdit de se garer devant sa maison plus de quelques heures. Disney a un droit de regard sur la vente des maisons. Les nains de jardin sont interdits et si un résident veut repeindre sa maison il doit en aviser la Company (exactement la la Celebration Company émanation directe de la Walt Disney Company) qui choisira alors la couleur.
Les explications données par le patron de Disney, Michael Eisner, pour justifier la construction de la ville privée de « Celebration » près de Disneyworld, sont à cet égard tout à fait édifiantes. Dans son livre Profession magicien (ed. Grasset), il explique vouloir « concevoir une ville » selon plusieurs principes fondateurs dont un nouveau type d’éducation pour les enfants, et un système de santé « centré sur la prévention, le diagnostic, la vie saine, le bien-être physique et mental. »
Citation extraite de l’article Vers des villes privées ? Marketing N°54 – 01/11/2000 – François Bellanger
>>> voir l’article complet
J’aime beaucoup le bien-être mental des habitants d’une ville Walt Disney !

Le centre ville autour du plan d'eau. Photo taken by Bobak Ha'Eri. February 23, 2006. http://fr.wikipedia.org/ consulté en avril 2015
Le centre ville autour du plan d’eau. Photo taken by Bobak Ha’Eri. February 23, 2006. http://fr.wikipedia.org/ consulté en avril 2015

New Urbanism :
Les habitations suivent toutes un modèle d’architecture prédéfini. Il y a en tout cinq styles architecturaux « acceptés », tous pré-approuvés par Disney et s’inspirant des maisons coloniales, méditerranéennes, françaises, de Nouvelle-Angleterre ou encore victoriennes. Ces modèles se déclinent en sept tailles différentes qui sont mélangées dans les quartiers de la ville.

http://cybergeo.revues.org/docannexe/image/1147/img-2.jpg
http://cybergeo.revues.org/docannexe/image/1147/img-2.jpg

Les bâtiments publics ont fait l’objet d’une attention particulière, avec des commandes à la fine fleur des architectes post-modernes : l’hôtel de ville de Philip Johnson, le bureau de poste de Michael Graves, la banque de Robert Venturi, le cinéma de César Pelli.

Post-Office, Michael Grave arch. 1993 présente sur le site http://www.chroniquedisney.fr/ consulté en mai 2015
Post-Office, Michael Grave arch. 1993 présente sur le site http://www.chroniquedisney.fr/ consulté en mai 2015
Celebration, Town Hall, Philip Johnson arch., image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, Town Hall, Philip Johnson arch., image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, cinéma, César Pelli arch. image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015
Celebration, cinéma, César Pelli arch. image sur le site http://bob-leonard-florida.com/ consulté en mai 2015

Parmi les premiers architectes à s’être penchés sur le berceau de Celebration se trouve le duo Andres Duany/Elizabeth Plater-Zyberk, qui s’était déjà singularisé avec la création de la station balnéaire de Seaside. Ces deux architectes sont perçus comme les principaux promoteurs de la planification néo-traditionnelle et leur travail à Seaside a généré une abondante littérature critique (cf. notamment K. Falconer Al-Hindi & C. Staddon -1997, dernière parution sur ce sujet dotée d’une ample bibliographie). Leur expérience à Seaside se trouve renouvelée à travers Celebration, qui reprend ainsi l’essentiel des principes qu’ils ont mis en œuvre : référence à une ville du passé perçue comme idéale, sens de la communauté favorisé par la structure même de la ville, édification d’un code d’urbanisme très strict destiné à préserver l’intégrité du projet. Beaucoup plus qu’au projet avorté d’EPCOT, c’est donc à ce modèle néo-traditionnel que Celebration emprunte sa conception. Sophie Didier

Même si officiellement Celebration devait être ouverte à toutes les classes sociales et à toutes les communautés, le taux de pauvreté est seulement de 6 % et très peu de minorités dans cette ville. Il y a 94 % de blancs pour seulement 3 % d’asiatiques et 2 % de noirs. Quant aux pauvres ou aux classes moyennes, ils ne peuvent pas s’installer à Celebration puisque les prix vont de 150 000$ pour les appartements à plus de 800 000$ pour les plus grosses maisons (les modèles intermédiaires étant autour de 400 000$).

Celebration est directement connectée au parc Walt Disney World Resort, ce qui autorise les résidents (et leurs invités de passage) à pouvoir se balader dans n’importe quel endroit du parc sans avoir besoin de pass ou d’autorisation.

De 2002 à 2014, la Walt Disney Company revend progressivement Celebration, pour ne conserver en 2012 plus que le siège de Disney Vacation Club et celui de Disney Cruise Line.

En France, Disney, en partenariat avec l’État français, développe depuis 1987 une ville à côté de Disneyland Paris. Cette ville, dénommée Val d’Europe, aura à terme 1 000 hectares des 1 943 de son territoire développés par Disney et devrait compter 40 000 habitants. De 1989 à 2003, Disney aurait dépensé plus de 5 milliards d’euros dans ce projet (contre 500 millions pour l’État).
On reconnaît facilement dans cette ville nouvelle le style architectural néo-traditionnel de Disney avec des bâtiments faussement haussmanniens côtoyant des façades londoniennes ou italiennes, dans le pur style New Urbanism déjà testé.

Je vous propose une petite promenade dans le graphisme de Celebration, la signalétique en particulier.

Bibliographie

Sophie Didier, Disney urbaniste : la ville de Celebration en Floride, Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Dossiers, Colloque « les problèmes culturels des grandes villes », 8-11 décembre 1997, document 96, mis en ligne le 06 mai 1999, consulté le 01 mai 2015. URL : http://cybergeo.revues.org/1147 ; DOI : 10.4000/cybergeo.1147

Voir également le film de Philip B. Swift The Bubble – A Documentary Film About Celebration, Florida
Et le site officiel de Celebration : http://www.celebration.fl.us/

>>> vers la page principale villes privées, villes fermées
>>> vers l’article Val d’Europe

Ludwig Mies van der Rohe, 1886 Aix la Chapelle – 1969 Chicago

Intervenant: Ronan Kerdreux

Ludwig Mies van der Rohe fait partie des personnages dont l’itinéraire, en traversant le vingtième siècle, représente également la plupart des débats qui l’animent.

Une formation d’origine de maçon à Aix-la-Chapelle (Aachen), dessinateur d’ornements en stuc, collaborateur de l’agence d’architecture de Bruno Paul (1904-1907), de celle de Peter Behrens où il travaille notamment à des projets pour AEG, et où il rencontre Walter Gropius, Hannes Meyer et Le Corbusier. Il fait sienne une des références de Peter Behrens, celle du travail de Karl Friedrich Schinkel (1781-1841).

Il côtoie ensuite le groupe révolutionnaire Novembergruppe (1922), puis se rapproche du Deutscher Werkbund pour lequel il organise le Weissenhofsiedlung à Stuttgart. Il est créateur de mobilier (fauteuils MR10 et MR20), et s’intéresse à ce titre aux rapports entre création et industrialisation.
Il devient directeur, le dernier, du Bauhaus de 1930 à sa fermeture en 1933. Il dessine le pavillon allemand pour l’exposition internationale de Barcelone, un bâtiment splendide, tout en plans horizontaux et verticaux, qui filent au delà des espaces intérieurs et extérieurs, au programme curieux, dicté par la scénographie des réceptions qui s’y déroulent.
Contrairement à ses contemporains, il émigre tardivement (1937) d’Allemagne nazi pour les États-Unis où il devient directeur du département d’architecture de l’Illinois Institut of Technologie de Chicago (à l’époque, l’Armour Institut).

Sa période américaine comporte certains des bâtiments essentiels de l’architecture moderne (ou internationale pour reprendre la terminologie de Philipp Johnson) : la villa Farnworth à Plano, entièrement transparente, la Neuenationalgalerie de Berlin avec ses deux volumes de dimensions identiques mais inversés (un volume creusé dans le socle et un espace transparent sans limite au dessus) et surtout le Seagram building à New-York, qui se pose en retrait des avenues du plan orthonormé de la ville, retrait constitué d’une placette de même surface que l’emprise au sol de l’immeuble. Richard Sennett dira de ce projet : « face au tohu-bohu urbain, Mies fait un pas en arrière et se tait. »
Mies portrait
Portrait de Ludwig Mies van der Rohe sur le site www.chicagotribute.org consulté en février 2008.
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Ludwig Mies van der Rohe : « Fauteuil Weissenhof », 1927
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Pavillon de Barcelone

a ré-écrire :
Dans cet édifice Ludwig Mies van der Rohe nous montre sa volonté de cacher la perspective, pour cela il place le niveau du sol de son bâtiment à 1.60 m par rapport au véritable sol ce qui représente la hauteur de l’oil humain, de plus il répercute ce procédé à l’intérieur du pavillon grâce au symétrie horizontale de l’onix dont l’axe se situe lui-aussi à 1.60 m. Mies amplifie cette absence de perspective grâce aux plans verticaux qui servent de séparation aux différents espaces.
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Ludwig Mies van der Rohe et Philipp Johnson : « Seagram building », 1956-1958
Intervenant: Ronan Kerdreux
Seagram-building
Le Seagram building est à bien des égards un des bâtiments qui me passionnent le plus au sein de l’architecture moderne New-Yorkaise.
Le plan orthogonal de NY est un espace neutre, c’est-à-dire un espace sans centre et théoriquement sans limite, dont le « fonctionnement » obéit à des règles économiques évidentes : chaque bloc de ce plan défini par le quadrillage des rues et des avenues, ets l’objet d’investissements, les constructions, et d’exploitation des ces investissements, location de surfaces construites ou utilisation des-dites à des fins de sièges sociaux, le tout limité dans le temps par le biais des baux emphytéotiques (30 ans, 60 ans, rarement plus) ce qui permet la « remise en jeu » après amortissement.
Comme le fait remarquer Richard Sennett, Ludwig Mies van der Rohe n’est pas l’architecte de la vie quotidienne, peuplée de positions avachies et de miettes de chips tombées par terre. Sa recherche de l’espace unifié, où les parois de verre opèreraient une solution reliant l’intérieur à l’extérieur, propose paradoxalement des espaces du vide, du sublime par l’absence perpétuelle. La vie au dehors, sociale ou celle de la nature, est perçue par l’oeil seul, à l’abri que nous sommes du bruit du vent, des sirènes de police, des odeurs, de tout ce qui sépare l’image du monde de sa perception sensorielle globale.
Dans le Seagram Building, Ludwig Mies van der Rohe va plus loin, en rejetant l’alignement sur rue et la rentabilisation maximale qui lui est notamment associée (mais pas seulement). Cet immeuble est en retrait de Park Avenue , retrait réalisé par une placette d’une surface égale à l’emprise au sol de l’immeuble. Le bâtiment se retire ainsi de la vie urbaine, refusant de « prendre part » à son tumulte et se plaçant lui-même en objet en retrait, à contempler avec recul.

Selon Siegfried Giedon, ce positionnement d’un building en retrait de la trame de New-York a un précédent, la Lever House (1951-1952), dessiné par Gordon Bunshaft et and Natalie de Blois (cabinet Skidmore, Owings and Merrill), situé au 390 Park Avenue, en face du Seagram Building. A vous de voir, mais je ne suis pas convaincu par ce parallèle : bien-sûr, le building considéré est bien en retrait, mais il s’agit dans ce second cas plutôt de rendre une accessibilité aux piétons (louable et confirmée par S. Giedon) plus que le geste radical d’une architecture « conceptuelle ». L’espace libéré est en outre surmonté d’une galette construite sur deux niveaux.

Richard Sennett : « la ville à vue d’oeil », Plon, Paris, 1992 pour la traduction française, 1990 pour l’édition originale.
Siegfried Giedon : « Espace, temps, architecture » tome 2 « Vers l’industrialisation », coll. Médiations, Ed. originale 1968, Ed. consultée Ed. Denoël/Gonthier, Paris, 1978.

Image sur le site www.plaidnet.greenwichacademy.org

Adresse : Seagram Building, 375 Park Avenue, New York, NY 10152
Hauteur: 157 m – Superficie: 5 666 m²
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Ludwig Mies van der Rohe : villa Farnsworth
Intervenant: Ronan Kerdreux
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La meilleure analyse, la plus habitée, que je connaisse est celle de Richard Sennett, que je vous cite pour ne pas à avoir à la paraphraser :

« Il s’agit d’un parallélépipède de murs de verre sertis dans de l’acier peint en blanc. La boîte flotte sur huit pilotis d’acier à un mètre trente du sol. Une terrasse, placée un peu plus bas, mais elle aussi sur pilotis, prolonge un des cotés. Les pilotis ont une raison fonctionnelle, dans la mesure où l’endroit est inondable… Une maison sur pilotis proclame qu’elle est menacée. Quand on regarde Farnsworth House, surtout en l’approchant à pied, on ressent cette menace. Bien que les propriétaires actuels aient tenté de créer un parterre à l’anglaise autour de la maison, il semble qu’en général, le sol soit encore aussi meuble et imbibé d’eau dans cette plaine inondable que le jour où j’y était venu… Farnsworth House, avec son sol au niveau de la poitrine, semble planer, flotter comme un vaisseau spatial, et on n’a plus qu’à se précipiter vers ce refuge.
La maison cependant n’offre pas d’abri. La nature menaçante à laquelle on espérait échapper en montant les marches à toute vitesse est encore plus présente une fois qu’on est sur la terrasse » [les murs de verre font continuité visuelle mais obstacle physique à l’entrée, ils mettent en représentation les habitants qu’on voit de l’extérieur, qui semblent en outre jamais réellement à leur place, comme le sont les meubles implantés de façon quasi-définitive]. « L’intrusion de quelqu’un qui somnole dans un fauteuil,, de quelqu’un d’autre qui lit un magazine tout en grignotant des chips – signes normaux d’une vie quotidienne – devient déplacée. C’est un espace où nous faisons l’expérience de la terreur que peut inspirer la nature, terreur accentuée par un bâtiment qui n’offre aucune promesse de refuge. C’est une expression moderne du sublime. »

Richard Sennett : « la ville à vue d’oeil », Plon, Paris, 1992 pour la traduction française (pp 143-144 dans mon édition), 1990 pour l’édition originale.

Adresse : 14520 River Road, Plano, Illinois, USA (sud-ouest de Chicago)
photo © gm+ad architects, vignette obtenue à partir de l’image publiée sur le site www.e-architect.co.uk/ consulté en février 2008

Art nouveau, 1890 – 1910 environ

Intervenant: Ronan Kerdreux

L’Art Nouveau est un mouvement qui se développe en Europe simultanément sous plusieurs appellations : Liberty en Italie, Sezessionstil en Autriche, Modernisme catalan, Jugendstil en Allemagne… Il puise ses origines en Grande Bretagne avec les Arts and Crafts.
Protagonistes : Hector Guimard, Victor Horta, Antoni Gaudi, René Lalique, Charles Rennie Mackintosh….

Il peut être considéré sous deux angles (ce qui alimente mon désaccord sur ce point avec Philippe Delahautemaison) :

1- Rejetant les inconvénients de l’industrialisation et la perte de liberté créative qui semble aller de pair, les protagonistes de l’art nouveau prônent un retour vers l’esprit des guildes moyen-âgeuses, l’étude de motifs de la nature (dimension morale)… Il y a bien-sûr des différences importantes, essentielles peut-être entre lieux et auteurs, on peut néanmoins retenir une volonté d’unifier l’espace (intérieur ?), du plan-masse du bâtiment à la rampe d’escalier (à la petite cuillère dans le cas de C. R. Mackintosh) dans des « tourbillons aériens […], un culte de la continuité formelle … et [un] naturalisme pervers ». Les projets sont rares et précieux, et la volonté affirmée d’engager le débat sur un plan politique se trouve contredit par des projets ponctuels habités, commandités par des personnes aisées.
La citation est prise chez Manfredo Tafuri et Franscesco Dal Co : « architecture contemporaine », Gallimard-Electa, 1976, p 7

2- Les créateurs s’en prennent à des projets de la vie quotidienne, et veulent en finir avec l’historiscisme pesant et sans doute stérilisant ambiant. Il y a à l’évidence une volonté de se confronter à des matériaux vus comme peu nobles (métal, pâte de verre…) ou peu ré-évalués (mosaïques, fresques, vitraux). Au delà, il y a une remise à plat des formes, des rythmes, des espaces et de leurs organisations. Je pense là aux références explicites de C.R. Mackintosh au japonisme ou à Victor Horta, dont les innovations dans les plans d’appartements (Hotel Tassel) ou sur certaines façades moins exposées au regard (et à la publication), curieusement précurseurs ou concommitantes avec les recherches d’un Adolf Loos par exemple.

Ainsi, ces deux points de vue, sans doute tous deux un peu vrais, questionnent le positionnement de l’Art Nouveau en fin de XIXe siècle ou en début du XXe.

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Victor Horta, (baron H.), architecte belge. 6 janvier 1861 (Gand)- 9 septembre 1947 (Bruxelles)

Victor Horta : maison atelier

Victor Horta : maison-atelier, Bruxelles
Image sur le site http://wikipedia.org consulté en août 2008

A Bruxelles, trois bâtiments de Victor Horta sont des musées :
– le Musée Horta (ancienne maison personnelle et atelier de l’architecte)
– la Maison Autrique : une des premières réalisations de Victor Horta (la scénographie a été conçue par François Schuiten et Benoît Peeters)
– le Centre belge de la bande dessinée (Magasins Waucquez)

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Hector Guimard : architecte français – 1867-1942

Entrée de métro Porte Dauphine, Paris
Image sur le site http://wikipedia.org consulté en août 2008

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Charles Rennie Mackintosh (Glasgow) (1868-1928)
Intervenant: Ronan Kerdreux
Mackintosh portrait

Mackintosh-portrait

Un pionnier du mouvement moderne et un créateur de l’Art nouveau

Architecte et décorateur, opposé aux styles historicistes et l’un des précurseurs de l’architecture rationnelle du XXème siècle en recherchant la synthèse entre l’édifice, son agencement intérieur et son mobilier

Membre d’un groupe de quatre architectes (« the four ») qui comprendra sa femme Margaret Mc Donald, la soeur de cette dernière, Frances, et le mari de celle-ci, Herbert Mc Nair. Image sur le site www.insecula.com consulté en déc 2007

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Villa d’un amateur d’art – Concours
Intervenant: Charles Rennie Mackintosh
Mackintosh amateur reception

Concours pour la villa d’un amateur d’art / projet 1909

Mackintosh-amateur-reception

La revue allemande Zeitschrift für Innendekoration lance un concours international pour une villa pour un amateur d’art
Malgrès un rendu en retard, CRM remporte le concours
Edition d’un porte folio préfacé par Herman Muthesius : la maison de CRM « a un aspect profondément original et ne ressemble à aucune autre »

Malgrès une proximité formelle, CRM se distingue réellement de l’art nouveau en cela qu’il utilise volontairement des matériaux industrialisés et les techniques de confort modernes (gaz, éclairage, eau chaude, chauffage par circulation d’air chaud)
Ce n’est donc pas un mouvement formaliste, mais dans une certaine mesure l’annonce des mouvements fonctionnalistes ultérieurs (reconnaissance de Herman Muthésius – 1861 – 1927 architecte allemand, attaché d’ambassade à Londres 1896 – 1903, co-fondateur du Werkbund. qui contribue par ses écrits au renouvellement de l’architecture domestique).

Salle de réception

Familistère de Guise, 1859 (ou 58)-1883

Jean-Baptiste André Godin, initiateur et industriel
Victor Calland, architecte
Intervenant : Ronan Kerdreux

Image sur le site www.seda-aisne.fr consulté en janvier 2012

Jean-Baptiste Godin est un ouvrier qui devient industriel en développant un système de poêles en fonte, plus performants que les précédents en taule. Il porte un vif intérêt aux théories de Charles Fourier, jusqu’à investir dans son projet de cité idéal au Texas, projet qui se termine par un échec.

Jean-Baptiste Godin est né à Esquéhéries en 1817, fils d’artisan serrurier. Serrurier à son tour, il dépose en 1940 un brevet pour la fabrication de poêles en fonte de fer. Il développe alors sa manufacture de poêles à bois et charbon et de cuisinières émaillées.
L’installation de ses usines à Guise s’accompagne de la réalisation d’un ensemble d’habitations collectives pour les ouvriers, JB Godin considérant que la coopération permet d’obtenir pour les ouvriers « l’équivalent richesse » que les bourgeois obtiennent par l’argent. Cet « équivalent richesse » représente pour l’essentiel les conditions de vie hygiénistes tels que luminosité des appartement, circulation de l’air, accès à l’eau potable… complétées d’équipement collectifs tels que buanderie, douches, piscine, crèches, école, théâtre de plein air…
Deux points particuliers : les appartements ouvrent sur des coursives, et par delà sur une cour centrale; lieu de rencontre, de discussion et également de vision réciproque sur les appartements, JB Godin considérant que l’émulation entre ouvriers est plus efficace que le contrôle, voire vise à rendre inutile tout élément policier ; son objectif est à terme de rendre caduque la notion de patronat et son rapport aux monde ouvrier, supprimer les salaires et créer ainsi une société égalitaire et sans contrôle nécessaire.
Une « Association du Capital et du Travail » est créée, répartissant les bénéfices de la société dans des œuvres de protection sociale ou de retraites pour les ouvriers, puis les bénéfices restant entre les ouvriers eux-mêmes sous forme d’actions qui les rend progressivement propriétaires de leur entreprise. Cet aspect du projet est combattu à la fois par les « conservateurs » et par la gauche marxiste qui voit là un élément de paternalisme propre à empêcher la révolte ouvrière.

La cour intérieure du bâtiment central, Image sur le site wikipedia.org, annotée auteur Velvet, avril 2010.

Gravure montrant l’implantation des usines sur une rive de la rivière et celle du familistère sur l’autre rive. Image sur le site wikipedia.org, annotée XIXème siècle, J.B.A.Godin: Solutions sociales, reprint: Le Familistère Godin à Guise.

Jean-Baptiste Godin crée en 1854 une annexe du Familistère en Belgique, à Laeken (Bruxelles). La société compte jusqu’à 263 ouvriers. L’immeuble est revendu en 1968 (date de la fermeture de la société Godin) pour devenir un immeuble de bureaux puis de logements. Son adresse est quai des Usines n°155-157 à 1020 Bruxelles. Ceci est tout proche du projet Tour et Taxis, lui aussi réhabilitation d’une ancienne manufacture, donnant sur le canal de Willebroeck…

Paradoxalement, en 1968, l’Association du Familistère est dissoute, mettant fin à un siècle de vie communautaire. Au moment où j’écris ces lignes, il ne reste plus que 5 familles dans le familistère. Depuis 2000, le familistère est propriété du syndicat mixte du Familistère de Guise, une collectivité publique, qui l’exploite et l’offre à la visite.
La marque Godin a été rachetée en 1988 par les Cheminées Philippe qui continuent la production de poêles et maintiennent l’activité du site avec 240 salariés. Pour le bicentenaire, les Cheminées Philippe ont sorti un poêle reproduction du “petit Godin” de 1958remis en production une cocotte en fonte émaillée.

>>> retour vers la page Utopies du XIXème siècle et cités ouvrières

Ronan Kerdreux : enseignement et recherche

Nous avons décidé il y a quelque temps de faire un état des lieux de notre studio lentigo, un arrêt sur images pour mieux remettre en perspective ce projet qui existe depuis un an et demi, qui interroge tout à la fois les rapports entre design et technologies numériques, et ceux qui existent ou que l’on a envie de voir exister entre enseignement et recherche.
Et en préparant cette intervention, j’ai regardé à nouveau tout ce qui avait été écrit, expérimenté, tenté, avec les étudiants, entre professeurs, au sein de notre équipe de recherche insARTis, des présentations, des méthodes de travail, des rencontres…. et également, ce que les autres avaient écrit, dit, montré.

Le contexte de départ est un atelier de projet en design, qui fonctionne pendant trois ans, avec Marc Aurel, Fabrice Pincin et moi-même, tous trois designers, en relations étroites avec l’atelier verre et céramique dirigé par Jacqueline Guillermain, qui organise des workshops, des sujets pour des projets d’étudiants, des collaborations extérieures avec des entreprises, des centres d’art, des lycées techniques, qui organise également des expositions, invite des designers reconnus…

Seconde étape ; Farid Ameziane, directeur de l’équipe de recherche InsARTis, invite quelques uns d’entre nous à Tunis, pour un premier séminaire, au cours duquel nous rencontrons bon nombre de professeurs d’architecture se posant des questions assez proches. A Tunis d’abord avec Ali Bouzouita qui expérimente des reconstitutions numériques de Cartage, à Montréal, avec une équipe qui observe attentivement les étudiants en architecture dans leurs rapports avec les outils informatiques, ou encore à Lausanne avec Yves Weinant qui expérimente des méthodes de conception spécifiques.
Une des suites de ces rencontres, c’est Bernard Boyer, artiste, qui propose une atelier commun avec l’école d’architecture, pour les étudiants de troisième année (S5) et au cours duquel est examiné le processus de projet, la poïétique selon les termes de Bernard Boyer. Cet atelier existe depuis la troisième année maintenant et nous a permis de réfléchir plus avant sur les procédés comparés, les méthodologies des étudiants issus des deux écoles.

Troisième étape : début septembre 2006, réunion des professeurs de Lentigo pour décider d’adopter un positionnement radical, positif eut égard au contexte, constructif et innovant.
Michel Bouisson écrivait récemment1 en termes approchants que le design est à la croisée entre l’art des possibles et l’obsession du réel.
En matière d’enseignement du design, explorer les possibles est une ambition légitime, presque une évidence. Les méthodes pour y parvenir restent néanmoins un enjeu majeur, un terrain de réflexion et d’expérimentation, vis-à-vis des étudiants. Ce qu’il convient de ne pas faire est balisé de points durs, bien connus. Reproduire notre culture, adopter des positionnements déjà un peu dépassés, les nôtres, conforter des méthodologies standards, s’appuyer sur une culture référentielle convenue, autant de visions désuettes, dépassées et dangereuses parce qu’engendrant des attitudes qui ne sont pas génératrices de visions.
Depuis deux années scolaires, l’équipe Lentigo, Marc Aurel, Fabrice Pincin, moi-même, rejoints successivement par Cécile Liger puis Frédérique Entrialgo, a passé « par dessus bord » la sécurité des habitudes, des approches conventionnelles, pour interroger les comportements d’aujourd’hui à l’aune d’hypothèses quant à l’exercice futur du design, aux exercices futurs possibles du design. Notre inscription au sein de l’équipe de recherche insARTis, équipe qui regroupe des chercheurs, enseignants des écoles d’architecture, des beaux-arts et polytechnique de Marseille, n’est pas sans rapport avec les quelques nouveaux éléments jetés en pâture à la discussion collective.

1- Les mondes virtuels, massivement investis et habités, constituent un espace collectif à explorer, à expérimenter pour de futurs designers. Ils ne sont pas une passade, ils ne sont pas les éléments d’une mode qui va disparaître dans quelque temps, ils ne sont pas seulement des refuges hors la vie courante pour des no-life, et quand bien même, ils sont un espace de vie collective et méritent notre attention.
« On les appelle encore des jeux mais on y voit des gens pêcher pendant des heures, puis cuisiner quelques heures de plus avant de revendre leur production sur le marché ; d’autres se disputer le leadership de leurs guildes ou clans et construire, sur le web, des espaces entiers consacrés à leur animation ; d’autres encore réinventer dans ces nouveaux univers ce qui fait le sel de la vie : en vrac, la séduction, la confiance, la frime, l’alliance, la trahison, l’arnaque, la triche, le déguisement, la fête, la morale…
Quelle que soit la forme qu’ils prennent, depuis les jeux de « mission » où l’aventure (la bataille, en général) dure quelques minutes, jusqu’aux univers persistants dans lesquels le temps se mesure en mois, ces espaces sont plus que des jeux. On y pense le soir avant de se coucher, on y occupe un emploi, on s’y fixe des buts derrière lesquels on risque une partie de son image de soi et de son statut social.
De quel objet s’agit-il donc ? L’hypothèse […] est que ces univers fonctionnent à la fois comme des extensions nouvelles du monde, et comme des bancs d’essai de nouvelles manières d’être (individuellement), de faire société (collectivement), de produire, de créer. D’une part, de nouveaux continents qui présenteraient la double originalité de se constituer en même temps qu’ils se découvrent et d’accepter par construction les nationalités multiples ; d’autre part, des sortes de simulateurs comportementaux à partir desquels s’expérimentent, puis se sélectionnent, des pratiques et des formes nouvelles. »2
Nous avons fait quelques expériences de travail sur ces espaces. Habbo-hôtel, puis actuellement Second life.com. Nous avons également regardé ce qu’il est convenu d’appeler les serious-games, cette utilisation des jeux numériques, en ligne ou pas, pour apprendre, former, sensibiliser.

2- Toutes les questions de géo-localisation et de géo-représentation modifient profondément, radicalement notre rapport au monde, notre perception de notre environnement, sa saisie, autant de dimensions fondatrices dans le design.
Quelques remarques :
la carte de l’empire que Ying Yin nous a fait découvrir est enfin réalisable ;
le temps réel offre une réactivité immédiate et permanente du moi dedans le monde représenté ; ce même moi est projeté au centre de la carte et je ne suis plus un lecteur extérieur à l’objet observé, je fais aussi l’objet de ma propre observation ;
la réalité augmentée explose les possibles et superpose l’information (le cinquième écran) et le réel tangible dans un mouvement de flux mis à jour en permanence.
Entendons-nous bien, la réalité d’une permanence, du temps réel est bien plus qu’une actualisation rendue rapide. Il s’agit de fait d’objets en pulsation, mouvants, qui sont proprement les échos de la pulsation du monde, et cela est réellement nouveau pour le design du moins, nouveau et très excitant.

3- Frédérique Entrialgo n’a eu de cesse depuis qu’elle co-anime cette réflexion, de nous faire découvrir puis saisir les enjeux du web 2.0. J’en ai noté quelques points, orientés sur ce qui m’intéresse :
– la strate logicielle installée en ligne et non plus sur ma machine nécessite une révolution culturelle, ergonomique, économique, et cela intéresse le design ;
– le copyleft, le partage d’informations et de fichiers, les fichiers up-loadés, bousculent tout autant le droit d’auteur, la compétence et l’organisation du travail (quelle est la compétence que je peux vendre ?) ; Douglas Stanley, invité par Lentigo fin novembre 2007 nous a à ce propos fait remarqué que le fait de lire une vidéo ou une bande son sur notre ordinateur pré-suppose que le fichier soit téléchargé au moins dans le fichier temporaire de notre système d’exploitation, ce qui laisse rêveur sur les hypothèses de protection institutionnelle…
– le principe collaboratif – je trouve autant que j’apporte – modifie aussi l’organisation du travail et le positionnement de ce travail. Je n’ai plus la compétence de l’information, par contre je garde celle de donner du sens à l’organisation de cette information, je n’ai plus l’exclusivité des ressources mais celle de la pensée qu’elles permettent d’asseoir. Nous avons commencé à mettre en ligne nos cours, c’est encore balbutiant et il n’est pas toujours simple d’être sûrs en notre âme et conscience que nous n’avons rien perdu en le faisant, peut-être même gagné quelque chose. D’autant qu’il est absolument clair que notre travail d’enseignants ne consiste pas à faire apprendre mais à faire faire projet. Ce n’est pas pour rien que la direction de recherche que Fabrice Pincin et moi-même animons au sein d’InsARTis s’intitule « faire projet ensemble ».
– « 25 % du divertissement que nous consommerons en 2012 sera créé par et consommé par des communautés d’utilisateurs, plutôt que par des médias, prédit Nokia. Un phénomène désigné sous le nom de “divertissement circulaire”, suite à une étude portée par le laboratoire du Futur (www.thefuturlaboratory.com). Entre juillet et septembre 2007, le laboratoire du futur a conduit une étude baptisé “Coup d’oeil sur le prochain épisode” sur plus de 9000 personnes dans 17 pays afin de comprendre les tendances du secteur mobile à venir : son enseignement principal a été de mettre à jour la circularité du matériau créé, édité et partagé entre cercles d’amis, donnant naissance à des contenus polymorphes (la vidéo est créé par l’un, la musique ajoutée par un autre, etc.). Le contenu qui circule entre amis va faire partie intégrante des divertissements de groupe, “une forme de multimédia social collaboratif”, pour reprendre les termes de Mark Selby de Nokia. Nokia distingue 4 tendances majeures qui devraient se démocratiser d’ici 2012 : la distinction entre être en ligne et hors ligne devrait s’estomper ; les consommateurs deviennent friands de divertissements plus sophistiqués estompant la frontière entre commerce et création ; la technologie se féminise ; la saveur locale, “le fait maison” gagne ses lettres de noblesse. »3

4- Nous avons aussi pris connaissance des travaux de François Asher, et de ses procédés modernes pour planifier l’urbanisme mettant en oeuvre des démarches heuristiques, itératives, incrémentales et récurrentes. Je rappelle pour les étudiants ici présents des définitions rapides de ces derniers termes :
une démarche heuristique relève de la découverte par évaluations successives et hypothèses provisoires ;
l’itération est une succession d’approximations pour résoudre une équations ;
l’incrémentation consiste à modifier une variable à chaque boucle de programme ;
une méthode est récurrente lorsque chaque terme est fonction des termes précédents.
En somme, des actes d’analyse et de décisions enchevêtrés, qui élaborent et testent des hypothèses, par des réalisations partielles et successives, précautionneuses des étapes précédentes, utilisant le feed-back en permanence et se plaçant dans un rapport public-privé sophistiqué.

J’ai trouvé quant-à-moi que ces démarches de réalisations urbaines sont également opératoires pour de nouveaux modes d’enseignement, qui placent l’objectif avant les moyens et l’énergie avant le savoir-faire.

5- Nous avons poursuivi nos recherches avec les réflexions du groupe villes 2.0 et leurs 4 entrées privilégiées :

la ville comme plate-forme d’innovation ouverte ;
la ville complexe et familière ;
– comment se retrouver dans une ville tout le temps augmentée et tout le temps numérique ?
– quelles nouvelles proximités urbaines ?
– quelles formes de partage de la connaissance et de la perception ?
La ville, le lieu de mobilités libres et durables ;
le 5ème écran, comment éditorialiser la ville, comment la taguer pour la voir et donner à voir autrement ?

Évidemment, comme prévu, le temps est trop court. Je n’ai eu le temps que de lister. Ceci laisse un goût de trop vite, trop superficiel, trop listé et pas suffisamment détaillé…
De l’ordinateur qui n’est bien-sûr pas un outil mais un univers, à des pratiques massivement numériques, en passant par des flux, des échanges, du temps réel et des géométries sociales recomposées à l’aune du web 2.0 et de la ville participative, tout ceci concerne le design et sans aucun doute l’enseignement de cette discipline. Nous émettions l’hypothèse il y a quelques mois que les champs disciplinaires étaient en train d’exploser sous les coups de boutoir de la collaborativité, au profit de méthodes d’approches, de travail et d’échanges. Nous avons rencontré à deux reprises le groupe lab[au] installé à Bruxelles et qui reste pour nous et pour l’instant la figure référente de ces nouvelles pratiques, sur ces nouveaux territoires.

Qu’en est-il alors du rapport entre design et innovation, dans le cadre d’une « révolution numérique qui bouleverse les schémas de production : la distribution et les services prennent le pas sur l’industrie et les produits…
l’innovation numérique change en partie les termes de l’innovation, en introduisant des formes ascendantes et coopératives, en renforçant la confrontation entre standards et propriété industrielle, en accélérant le mouvement. L’une et l’autre illustrent l' »injonction d’innover » à laquelle sont confrontés tous les acteurs, parfois à rebours des aspirations à une innovation raisonnée et durable.
Le rôle du design dans une société devient un indicateur de la vision et de la capacité de différenciation et d’innovation (sociale et d’usage) de nos entreprises.
Le design devient stratégique. Le designer devient innovateur, créateur industriel, créateur de valeur. »4

Pour autant, beaucoup reste à faire et notre volonté d’investir ces technologies numériques avec nos étudiants pose réellement question. Nous avons listé plus haut la nécessité impérative et le risque de passer à coté des enjeux majeurs actuels. Il me paraît pour autant nécessaire de lister du moins provisoirement les problèmes que cette attitude engendre.
Au premier ce ceux-ci, la complexité des outils et du savoir-faire. Parler de temps réel, de réalité augmentée, de géolocalisation ne suffit évidemment pas, il faut en faire l’expérience. Cela nécessite des outils à jour, souvent des apprentissages pour mettre en oeuvre (Processing à beau être fait pour des créateurs et pas de programmeurs, il ne se maîtrise pas si vite…), et le temps du « bac à sable » n’est pas susceptible d’être raccourci. Nous n’avons pas dans nos écoles d’enseignement technique, et le débat entre apprentissage et création, successifs, concomitants, est ré-ouvert par l’usage de ces outils. Et je ne vois pas comment penser ces attitudes sans un préalable de bricolage. Le design reste une production de formes, même entendue au sens large.
La question de la forme est beaucoup plus centrale qu’elle n’y paraît. Parce que le design est plongé (trouve son origine également) dans le monde social, politique, de services…
La notion de groupe, d’empilement, de copyleft, produit des projets collectifs, quelques fois communs, et ceci est à ré-interpréter dans le système actuel de présentation des diplômes. Nous nous y employons cette année, je pourrai vous tenir au courant du résultat et des débats que cela va générer.

J’ai la ferme ambition pour nos étudiants qu’ils soient les explorateurs des futurs territoires du design.

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1- Michel Bouisson : « Du possible au réel », texte présentant l’exposition « Via / les écoles » organisée durant l’été 2007 dans les locaux du Via – Paris.
2- Extrait de « Culture d’Univers » : préface de Daniel Kaplan (FING)- 7 juin 2007 – Ouvrage réalisé sous la direction de Frank Beau FYP Editions, Collection « Innovation », 384 pages, 2007
3- Mobilité, Médias, Communication interpersonnelle, Usages, Brèves – Par Hubert Guillaud le 5/12/2007 Via InformationWeek et VnuNet.
4- Séminaire Design et Innovation – Ensci – Mai 2005 – Organisation : Sylvie Lavaud – http://www.ensci.com/