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Val d’Europe

Val d’Europe est le nom d’un secteur de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée (inaugurée en 1969), à 35 kilomètres à l’Est de Paris. Depuis 1987, le développement du Val d’Europe se fait dans le cadre d’un projet d’intérêt général et d’un partenariat public-privé unique en France, associant l’État, les collectivités territoriales et la société Disney qui exploite le complexe Disneyland Paris.

Lors de son inauguration, la ville nouvelle de Marne-la-Vallée n’est pas terminée. Le premier choc pétrolier pousse longtemps l’état à envisager l’abandon des secteurs restant à aménager.En 1985, The Walt Disney Company est en négociation avec les pouvoirs publics français pour la création d’un parc de loisirs Disneyland ainsi que la maîtrise de son environnement urbain, sur le site de Marne-la-Vallée. Ces négociations aboutissent à la signature, le 24 mars 1987, de la convention pour la création et l’exploitation d’Euro Disneyland en France. Signée entre l’État français, l’Epamarne, les collectivités territoriales, la RATP et The Walt Disney Company, cette convention a instauré un partenariat public-privé sans précédent en France. Initialement conclue pour une période de 30 ans, elle prévoit le développement combiné d’une destination touristique majeure en Europe, Disneyland Paris, et d’un pôle urbain et économique destiné à rééquilibrer l’Île-de-France vers l’Est.

Le projet d’intérêt général d’origine couvre la majeure partie des 3 233 hectares du secteur IV de l’époque, composé des communes de Bailly-Romainvilliers, Chessy, Coupvray, Magny-le-Hongre et Serris, auxquels s’ajoutent 37 hectares sur la commune de Montry, 71 hectares sur la commune de Coutevroult et 70 hectares sur la commune de Villeneuve-le-Comte. La part déléguée à la société Disney porte sur 1 945 hectares de cet ensemble.

Image sur le site http://www.disneycentralplaza.com/ consulté en mai 2015
Image sur le site http://www.disneycentralplaza.com/ consulté en mai 2015

Le fait qu’Euro Disney, détienne une option prioritaire d’achat sur 1 945 hectares de terrain en contrepartie d’un engagement à développer des quartiers de logements, de bureaux et d’activités, représente le seul cas en France, à cette échelle, d’implication d’une société privée dans l’aménagement urbain.

1992 : ouverture de la gare de Marne-la-Vallée – Chessy, de la première desserte autoroutière, du parc à thèmes Disneyland, et des premiers hôtels à thèmes Disney. Quelques opérations de logements, développés en zones d’aménagement concerté, eurent lieu dès 1995, en périphérie des villages de Bailly-Romainvilliers, Magny-le-Hongre et Serris. Puis vint l’essor du nouveau centre urbain du Val d’Europe, à cheval sur les communes de Serris et de Chessy, à partir de l’ouverture du centre commercial international en octobre 2000 et de la gare RER de Val d’Europe en juin 2001. Cet essor s’est poursuivi depuis lors par la création de plusieurs quartiers de logements et de bureaux, avec leurs rues et leurs places emblématiques telles que la place d’Ariane et la place de Toscane.

Un avenant à la convention de 1987 est adopté le 14 septembre 20109 et officialise le projet de Villages Nature, un village de vacances de 7 000 logements, développé conjointement par Euro Disney et le groupe Pierre & Vacances-Center Parcs sur 520 hectares. Pour ce projet, l’emprise déléguée à la société Disney est étendue à 2 230 hectares et le périmètre du projet d’intérêt général du Val d’Europe est étendu sur une part importante de la commune de Villeneuve-le-Comte ; laquelle est rattachée au périmètre de compétence d’Epafrance par décret le 13 décembre 2011.

Architecture :
Comme pour la ville Celebration, les styles architecturaux des bâtiments sont définis, d’inspiration « néo-traditionnelle » adaptés cette fois-ci à la « vieille Europe » (Haussmann, Baltard, certaines architectures londoniennes que l’on retrouve aussi dans l’ouest parisien).

Stanhope Gate Architecture, image sur le site https://www.stanhopegatearchitecture.com/news-publications/val-deurope-serris-disney/
Projet du Quartier du Parc, Serris

Valérie Vautier et Véronique Wild dans une étude ethnologique baptisée L’Oasis urbaine. Disney bâtisseur aux portes de Paris (Val d’Europe) écrivent :
« Avec le style « néo », l’image est privilégiée au détriment de la fonctionnalité des bâtiments pour donner naissance à un décor urbain sans réelle profondeur. La référence aux fermes briardes dans le village de Serris en est un bon exemple : cette forme architecturale ne fait qu’évoquer la vie rurale. La fonction d’économie agricole qui est naturellement accordée à ces structures fermières est ici totalement oubliée. De la même manière, la référence au Paris d’Haussmann pour les édifices de la place du centre-ville n’a de sens qu’en tant que évocation de la bourgeoisie et perd sa valeur originelle en lien avec le système de classe qui avait cours au XIXe siècle. Nous sommes ainsi en présence à Val d’Europe d’une tendance à privilégier l’aspect formel sur celui plus fonctionnel des bâtiments. En conséquence, la prédilection accordée au signifiant plutôt qu’au signifié – ou au médium plutôt qu’au message – s’inscrirait à contre-courant du mouvement moderne qui préconise au contraire une conformité entre les deux niveaux d’une construction architecturale. »

L’urbanisme expérimenté à Val d’Europe est en étroite filiation avec le courant appelé New Urbanism qui se développe aux États-Unis où il s’agit de construire des villes selon un schéma « traditionnel », c’est-à-dire antérieur aux années 1940.

Image sur le site de Lionel de Segonzac, architecte, site http://lionel.desegonzac.free.fr/projets/concours/val-europe-etude-architecturale.php

Le questions posées sont toutes de l’ordre de la ségrégation sociale inhérente aux projets de villes « idéales » de la Walt Disney Company. Elles sont schématiquement résumables par le principe développé par Hacène Belmessous et intitulé par lui-même le séparatisme comme nouvelle utopie urbaine. Un urbanisme que les habitants estiment mériter par leurs efforts et les prix des logement, qui rejette à l’extérieur toute la complexité et le chaos du monde, toute cohabitation, tout « dérangement » au profit d’un monde lisse, propre, soumis à des règlements injonctifs. Sur le plan architecture et paysage, il s’agit d’évoluer dans un univers de formes qui ne sont que citations creuses d’archétypes issus d’une culture dépassée, des formes rassurantes qui nous replongent dans un passé ré-écrit, sécurisant en cela qu’il permet d’oublier les incertitudes du présent.

Bibliographie
Hacène Belmessous (responsable scientifique de la société Auxime), Le Val d’Europe ou l’avènement d’une nouvelle forme de coexistence sociale, rapport commandé par le Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Plan Urbanisme, Construction et Architecture, Juin 2007
Valérie Vautier et Véronique Wild, L’Oasis urbaine : Disney bâtisseur aux portes de Paris (Val d’Europe), Université de Neuchâtel,‎ 2007
http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Val_d%27Europe&action=history : Val d’Europe, éditeur : Wikipédia, 9 décembre 2014, page consultée le : 27 avril 2015 – Lien vers la version citée : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Val_d%27Europe&oldid=109799069. Numéro de version : 109799069

Et plus récemment, un article sur le débat qui anime le projet Europa City dont nous parlerons prochainement, un aménagement porté par le groupe Auchan et le groupe chinois Wanda à Gonesse.
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/28/20002-20170828ARTFIG00008-coup-dur-pour-le-projet-europacity.php

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