Utopies urbaines, années 60

Utopies urbaines des années 60
Intervenant: Ronan Kerdreux

Les années 60 voient naître un certain nombre d’utopies urbaines, toutes différentes, mais qui partent du même constat, celui de l’incapacité à agir sur la ville pourtant le lieu (espace physique et espace vécu) le plus porteur de la dimension sociale et culturelle. Ces utopies urbaines sont basées sur trois grandes questions :
– modes de vie et rapport entre cellule privée et espace public ;
– utilisation de la technologie dans la vie de tous les jours ;
– analyse de l’environnement urbain.
Ces mouvements sont très différents et partent aussi bien d’Angleterre (Archigram), du Japon (Métabolism), de France (Yona Friedman) et d’une manière différente d’Italie (Archizoom, Superstudio, Global Tools, Alchimia où la notion de « Beat génération » est centrale dans les propositions).

J’insiste sur un point, surtout à l’attention des étudiants : utopie veut dire sans topos, sans lieu. Cela signifie concrètement que ces images, quelquefois ces formes, sont un moyen pour réfléchir, pour programmer la ville et les modes de production urbaine. Il ne s’agit pas d’images gratuites même si elles peuvent être drôles, il s’agit de pensées, de contenus, avec les moyens spécifiques de créateurs visuels, d’architectes, de designers, qui ne se satisfont pas des productions urbaines et de l’appréhension des modes de vie qui vont de paire, qui estiment que la société est en train de « passer à coté » de ce qui est important, parfois grave. Les changements sociaux et politiques qu’elles soutiennent sont moins visibles ou moins directs que ceux réclamés par les utopies du dix-neuvième siècle, ils n’ont pas moins présents. La différence vient de la réflexion sur les modes de productions de l’espace urbain, ce que Cabet ou … n’abordaient pas, partant du principe de la commande unique, d’un grand propriétaire foncier ou d’un riche industriel. En architecture, la précision prend une grande importance, d’autant qu’il est habituellement admis que le projet architectural, dans ses formes et ses tropismes est issu du site (ce que certains appellent le genius locci). Dans le cas des utopies, c’est le projet social qui prends la place des données du site, du lieu.
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Notes sur la Beat Generation : il s’agit d’un mouvement littéraire né aux États-Unis d’Amérique dans les années 50 (manifeste écrit par John Clellon Holmes et paru dans le le New-York Times en novembre 1952 : « this is the beat generation »).
Principaux protagonistes : Jack Kerouac (« on the road »), Allen Ginsberg, William Burroughts (« le festin nu »)…
Positionnements : à la fois un mode de vie lié aux grands espaces, à la non-propriété, à la volonté d’être « des clochards célestes », et à la spiritualité, à la liberté individuelle (y compris homosexualité).
Le mot : signifie à la fois génération lasse, usée et nous met en rapport avec le beat du jazz, le souffle, le rythme.
rk-mars 2012

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Archigram, architectural group, 1961-1974
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Archigram (Angleterre, 1960-1971 : Warren Chalk, Peter Cook, Dennis Crompton, David Green, Ron Herron et Michaël Webb, nés entre 27 et 37)
Travail sur la culture populaire (mouvement du Pop-Art), contre la culture folk (pittoresque des cités-jardin encore promues par le London County Concil)

“La bande dessinée de science fiction sert … de support à notre propos : sa réalité se situe dans le geste, le dessin et la décoration naturelle de tous les bric-à brac nouveaux de notre décennie : la capsule, la fusée, le bathyscaphe… et le pack de survie.”
Peter Cook, extrait de l’éditorial de Archigram revue.

Couverture de la revue Archigram n°4
Image sur le site www.designmuseum.org/ consulté en déc 2007

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Archigram, Ron Herron : « walking city » (1964)
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Projet de ville marchant, exemple de technologie futuriste et de structures mobiles (comparaison avec Cap Kennedy)
Objectif : apporter aux petites villes (bourgs) de campagne les éléments de culture de la grande ville (cinémas, théâtres…) au cours de ses déplacements.
Développé par la suite dans « Instant City » (Cook, Crompton et Herron, 1968)

Image sur le site http://cassiel.name/ consulté en déc 2007

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Archigram, Cook, Crompton et Herron : « instant city » (1968)
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Faire un lien avec le projet Christophe Berbaguer + Marie Péjus

Image sur le site www.retrofuture.com/ consulté en déc 2007

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Metabolism – 1958-1975
Intervenant: Ronan Kerdreux

Il s’agit d’un groupe d’architectes japonais qui propose une série de réflexions sur la ville du futur.
Il est composé principalement de Kisho Kurokawa, Fumihilo Maki, Kiyonori Kikutake, Arata Isozaki, un temps Kenzo Tange.
Dans un manifeste intitulé « metabolism : the proposals for a new urbanism », ils posent comme principes que la réponse aux villes en forte augmentation démographiques et aux densités importantes passe par des villes à développement organique, avec de grandes structures flexibles, dans une vision qui allie dimension biologique et logique informatique. Les formes urbaines sont le résultat de ces structures, souvent « pluguées » des cellules d’habitation, dans des situations urbaines fréquemment en extension sur des baies ou plans d’eau.

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Ocean city (1958-1963)
Kiyonori Kikutake
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Ocean city ou marine city, Kiyonori Kikutake
Cette ville montre des formes organiques et extensibles. Les tours d’habitation, d’inspiration florale ou forestière sont constituées d’axes sur lesquels viennent se greffer (et se démonter si la population baisse) des anneaux d’habitation. Ces axes centraux accueillent l’ensemble des services collectifs, réseaux, circulations verticale… Comme dans de nombreux projets métabolistes, la ville est située sur un plan d’eau.

Image sur le site www.fgautron.com/ consulté en février 2008
Ce site très riche montre et explique par ailleurs une bonne partie de l’architecture japonaise contemporaine.

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Floating city (1961)
Kisho Kurokawa
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Projet de ville à proximité d’un lac (en partie construite au dessus du plan d’eau), avec un principe de croissance urbaine cellulaire, en forme de spirales qui constituent des entités organiques identiques; La ville s’étend par multiplication des spirales.

Image sur le site www.fgautron.com/ consulté en février 2008

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La ville spatiale – Yona Friedman, 1959
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Dans les années 50, Yona Friedman (né en 1923 à Budapest) dresse un bilan négatif des conséquences de la reconstruction et des développements urbains concomitants (Ciam, villes nouvelles, cités radieuses…).
Il propose un principe standardisé « minimum », une superstructure qui se déploie dans toutes les directions à 35 mètres du sol, au sein de laquelle les habitants sont susceptibles d’aménager eux-mêmes leurs habitations à partir d’éléments eux aussi standards fournis. Les habitations sont ensuites déplaçables au sein de la trame, s’adaptant aux besoins et aux usages.
« L’appartement devient un meuble, un groupe de meubles qu’on déplace dans la ville spatiale suivant sa volonté. »

Image sur le site http://boomer-cafe.net/version2/ consulté en février 2008
Voir sur ce même site un article sur Yona Friedman à l’adresse précise suivante :
http://boomer-cafe.net/version2/index.php/Architecture-des-annees-50/Architecture-mobile-Yona-Friedman-et-la-ville-spatiale.html

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Archizoom et Superstudio
Florence, Italie
Intervenant: Ronan Kerdreux

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Archizoom, association fondée en 1966 (dissoute en 1974) par quatre architectes, Andrea Branzi, Gilberto Corretti, Paolo Deganello et Massimo Morozzi et deux designers (à partir de 68), Dario Bartolini et Lucia Bartolini. Nom en hommage à Archigram.
Acte de naissance : une exposition intitulée « superarchitettura » à la galerie Jolly à Florence, organisée conjointement par Archizoom et Superstudio.
Manifeste du mouvement Radical : « La Superarchitecture est l’architecture de la superproduction, de la superconsommation, de la superimpulsion à la consommation, du supermarché, du superman et de l’essence super».
Archizoom (ou Archizoom Associati) affirme la validité de la culture pop dans l’architecture et dans le design, imagine des modes de vie non conventionnels (et le mobilier qui va avec), tente une « destruction » des dogmes fonctionnalistes ou issus du mouvement Moderne.
« Préférant le monde réel dans sa complexité et ses contradictions, Archizoom tend à favoriser les mises en situation qui permettent à l’usager d’être acteur de son milieu. « Faire de l’architecture ne voulait pas dire uniquement faire des maisons ou, de façon plus générale, construire des choses utiles ; c’était s’exprimer, communiquer, débattre, créer librement son propre espace culturel, en fonction du droit de chaque individu à réaliser son propre environnement » (Andrea Branzi). Refusant les valeurs consuméristes, les membres du groupe choisissent la dérision pour dénoncer la crise culturelle des sociétés occidentales et l’appauvrissement généralisé de la création (Letti di Sogno, 1967). Ils réalisent pour Poltronova, entre 1966 et 1973, des meubles modulables qui transmettent des messages libérateurs et réclament une nouvelle autonomie dans la gestion des espaces (canapés Superonda, 1966 et Safari, 1967). » in http://www.frac-centre.fr/collection-art-architecture/
Conception de mobilier, ainsi que mentionné ci-dessus mais particulièrement d’un projet de ville radicale, sans limite, avec l’hypothèse d’une appropriation des habitants.

Les membres d’Archizoom ainsi que ceux de Superstudio, furent, en 1974, parmi les fondateurs de Global Tools, contre-école d’architecture et de design qui défendait le libre développement de la créativité individuelle.

Plan de No-Stop City, sur le site www.designboom.com consulté en février 2008

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No-Stop City
Archizoom
Intervenant: Ronan Kerdreux

no-stop-city

Image sur le site www.megastructure-reloaded.org consulté en février 2008

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Sofa « superonda », 1966
Archizoom
Intervenant: Ronan Kerdreux

archizoom-superonda

Mousse de polyuréthane garnie de vinyl

Image sur le site www.tribu-design.com consulté en février 2008
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Canapé « safari »
Archizoom
Intervenant: Ronan Kerdreux

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254 cm x 64 cm x 214 cm
Résine polyesther sur fibre de verre, mousse de polyuréthane, textile synthétique
Le Centre Georges Pompidou à Paris en possède un exemplaire.

Image sur le site www.generativedesign.com consulté en février 2008
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Monument continu, Superstudio
Intervenant: Ronan Kerdreux

monument continu

Superstudio est fondée en 1966 à Florence en Italie et dissout en 1982. Il réunit Adolfo Natalini (1941), Cristiano Toraldo di Francia (1941), Roberto Magris (1935-2003), Piero Frassinelli (1939), Alessandro Magris (1941-2010) et Alessandro Poli (1941).

Travail allant  de la fiction à la séquence illustrée ou aux photomontages.
Trois catégories de recherche future : l’« architecture du monument », l’« architecture de l’image » et l’« architecture technomorphique ». Beaucoup de leurs projets furent publiés dans le magazine Casabella.

Adolfo Natalini en 1971 : « …si le design est plutôt une incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l’architecture sert plutôt à codifier le modèle bourgeois de société et de propriété, alors nous devons rejeter l’architecture ; si l’architecture et l’urbanisme sont plutôt la formalisation des divisions sociales injustes actuelles, alors nous devons rejeter l’urbanisation et ses villes… jusqu’à ce que tout acte de design est pour but de rencontrer les besoins primordiaux. D’ici là, le design doit disparaître. Nous pouvons vivre sans architecture.»

Le « Monument continu » réduit la modernité à une trame blanche, abstrait et silencieuse, qui se développe à l’infini, pour mieux démontrer que le sujet principal n’est pas l’architecture, ni le design, mais l’homme. Un nouveau sol pour un utilisateur nu, susceptible de se connecter n’importe où. Il s’agit là d’une démarche qui se concentre sur la pensée plus que le faire, dans une sorte d’architecture sans ville, sans lieu, quelquefois qualifiée à ce titre d’utopie radicale.

Image sur le site www.classic.archined.nl/ consulté en février 2008
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Italy : new domestic landscape, 1972

1972, exposition phare du mouvement radical italien, MoMA (Musée d’art moderne) de New York
Commissaire : Emilio Ambasz
Exposants : 9999, Archizoom, Gae Aulenti, Mario Bellini, Joe Colombo, Gruppo Strum, Ugo La Pietra, Gaetano Pesce, Alberto Rosselli, Ettore Sottsass Jr., Superstudio, Zanuso/Sapper

Exposition organisée selon les deux catégories objets et environnements. Objets était sous divisé en réformateurs (reformist), conformistes et contestataires. Environnements était divisé en design comme postulats, design comme commentaires et contre design et postulats.
Attention, traduction approximative. Design signifie dessin, projet et … design. Voici les catégories en anglais : Objects, subdivided into three groups : reformist; conformist; and contestatory and Environments, divided into design as postulation; design as commentary; and counterdesign and postulation.
Suite à venir
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Global Tools, contre-école d’architecture et de design

Fondé en 1973 par Ettore Sottsass Jr, Ugo La Pietra, Gaetano Pesce, Alessandro Mendini, Riccardo Dalisi, Andrea Branzi, Michele de Lucchi, Remo Buti

à venir
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Ugo La Pietra, Habiter la ville
144 pages, édition française 2009, éditions HYX

Résumé issu du site www.editions-hyx.com/fr/livres/ugo-la-pietra-habiter-la-ville
« Artiste, architecte, designer italien, né en 1938, Ugo La Pietra est une figure fondamentale de la scène artistique radicale des années 1960 et 1970. Théoricien, homme de revues, membre de Global Tools à partir de 1973, participant à de nombreuses expositions, La Pietra a contribué à l’émergence d’une « contre-architecture » à un niveau international. Il interroge la pratique, les fondements et l’idéologie de l’architecture. Il l’utilise et en détourne l’alphabet originel, mettant en scène son corps afin d’interroger et de nous révéler la réalité du monde.

Dès le début des années 1960, il s’intéresse aux expérimentations des architectes viennois (Hollein, Pichler…). Explorant le thème de la « synesthésie des arts », il oeuvre au décloisonnement des formes, par la peinture, le dessin, ou par des architectures qui par leurs formes expressionnistes (inspirées de Kiesler) entrent en contradiction avec l’environnement urbain.

A partir de 1967, il radicalise sa critique du fonctionnalisme et des valeurs consuméristes qui « asphyxient » selon lui l’individu. Le « système déséquilibrant » est le nom qu’il donne à son programme : les « immersions » se donnent comme des mico-espaces de rupture qui activent sur un mode symbolique des voies de libération tout en redéfinissant le rapport « oeuvre-spectateur ».

A partir des années 1970, le territoire urbain devient son unique objet d’expérience, quand la plupart des architectes radicaux fuient la réalité et trouvent un refuge dans l’utopie. Muni de ses « outils de décodage », La Pietra arpente la ville dans ses moindres recoins, en quête des « degrés de liberté ». Utilisant la photographie, le film, le dessin ou le photomontage pour constituer ses reportages, il détourne et réinterprète méthodiquement l’usage et les codes du paysage, prouvant par ses interventions qu’ »Habiter la ville, c’est être partout chez soi ».
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Studio 65
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Groupe 9999

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