Villes privées, villes fermées

Le phénomène des villes privées, selon les cas fermées (gérés par les copropriétaires et non par une collectivité locale, excluant par exemple les locataires des décisions) ou construites à l’initiative d’entreprises privées (Irvine ou Walt Disney Company par exemple) est relativement ancien même s’il semble prendre de l’importance ces dernières années.
Historiquement :
– voir les companies towns aux USA avec les lignes de chemins de fer par exemple.
– revue « Urbanisme » n° 337, juillet août 2004, dossier enclaves résidentielles. http://www.urbanisme.fr/issue/report.php?code=337
– Stéphane Degoutin : Petite histoire illustrée de la ville privée

– 1832, parc de Montretout, Saint-Cloud

Image sur le site https://lefoudeproust.fr consulté en mars 2018

– fin XIXe, villa Montmorency, Paris 16e
(Voir l’interview de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans la revue d’a)
IMage sur le site http://www.darchitectures.com/ consulté en mars 2018

– 1854, Llewellyn Park, New Jersey, périmètre de sécurité et équipements collectifs (route, espaces de loisirs)
Image sur le site de vente immobilière https://www.tranzon.com/ consulté en mars 2018

Ce phénomène est relativement marginal en France où cette tendance se retrouve essentiellement dans les résidences fermées (pratique développée dans le monde entier), du fait qu’il est impossible d’extraire un territoire de la gouvernance d’une commune (voir quand même le cas du Val d’Europe pour lequel la gouvernance est très partagée ou Satory, un quartier de Versailles, composé de 5000 habitants environ, tous salariés du Ministère des la Défense ou familles des salariés avec camp militaire, centres de recherche…).
Aux USA et au canada, cela est juridiquement possible, d’où le développement du phénomène Unincorporated areas (Unincorporated settlements au Canada (Embrun dans l’Ontario ou Fort McMurray dans l’Alberta), Unincorporated communities aux USA).

Les raisons pour lesquelles se créent des villes privées sont multiples :
– assurer sa sécurité face à un environnement hostile ou vécu comme tel, bien que ce point ne soit pas réellement convaincant (les villes privées réalisées aux Etat-Unis d’Amérique ne le sont pas dans des secteurs de forte délinquance) ;
– pouvoir choisir son mode de vie : ville privée réservée exclusivement à une communauté religieuse par exemple (ceci n’est pas nouveau, voir notre article sur les Schakers par exemple ou Sun City, Arizona réservée aux plus de 55 ans) ;
– les villes privées offrent des intérêts irréfutables pour les propriétaires (qui voient leur logement mis à l’écart des fluctuations du marché immobilier), pour les promoteurs (qui peuvent vendre des logements plus chers) et les collectivités locales qui bénéficient à la fois d’équipements publics qu’elles n’ont pas à financer et d’une taxe foncière plus forte du fait des prix pratiqués dans ces enclaves.

Récemment, des débats s’ouvrent sur les projets (envies plutôt) de villes organisées par des grands patrons d’entreprises liées aux nouvelles technologies, pour des raisons avancées diverses, respect de l’environnement, connectivité d’avant-garde, valeurs « humanistes »… ville Facebook ou Zee Town rêvée par Mark Zuckerberg par exemple (montant estimé à 200 milliards de dollars, 80 hectares, dans la Silicon Valley, une ville complète dédiée à ses 10.000 salariés, avec supermarchés, hôtels, villas et même dortoirs pour les stagiaires du groupe) dont il conviendrait de mettre en parallèle les arguments et ceux des cités ouvrières du XIXème siècle…
Voir aussi ce projet en Océanie, qui mêle le meilleur comme le pire…

Encore plus récemment, des économistes comme Paul Romer développent des idées de charter towns qui permettraient de mettre en œuvre des principes économiques libéraux susceptibles de montrer comment les états brident l’investissement (ce commentaire ne représente pas mon opinion mais celle de Paul Romer).

Les villes privées, utopie du XXIe siècle, article des Echos
Voir un article du Monde diplomatique sur le Honduras par exemple.

1- Les villes Walt Disney Company

Celebration

Val d’Europe

2- Les villes privées des pays en voie de développement

En Inde, le consortium HCC s’est lancé il y a dix ans dans la construction d’une ville de 100 kilomètres carrés, Lavasa, à 200 kilomètres au sud-est de Bombay. Le projet, qui a fait naître dans les montagnes indiennes d’étranges immeubles d’inspiration italienne, doit héberger à terme plus de 200.000 habitants
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0204260835730-villes-privees-la-nouvelle-utopie-1106917.php?H0IvPuCbr1TWQIbf.99