Biomimétismes, biomorphismes

 

Biomimétismes, biomorphismes
Ronan Kerdreux

!Partie en chantier!

Vocabulaire

Biomimétisme : application technologique de propriétés observées dans la nature (Larousse 2014)
Noter que les protagonistes qui se revendiquent du biomimétisme dans l’ingénierie associent en général la notion de développement durable à cette « inspiration » des systèmes naturels, autrement dit associent la finalité au processus / procédé.
Biomorphisme : caractère d’une œuvre d’art de tendance non figurative dont les formes rappellent celles du monde organique (Larousse 2017)
Le biomorphisme a recours à des formes issues de la nature, mais simplifiées et choisies pour des raisons structurelles et plastiques fortes (wiktionary.org, juin 2017)
La seconde définition du biomorphisme me semble plus intéressante, et plus adaptée à notre travail. En effet, elle articule les raisons formelles, plastiques et les questions structurelles. J’aurais même tendance à penser cette articulation en terme de possibilité soustractive : pour des raisons formelles ou pour des raisons fonctionnelles, structurelles, aérodynamiques…

Voir aussi à ce sujet ce que Ross Lovegrove appelle le concept DNA (acronyme anglais de ADN) : Design, Nature, Art.

Introduction

Les formes de la nature comme inspirations formelles, fonctionnelles parfois, ou encore comme systèmes référents… Cette attitude recouvre encore une fois des positionnements très divers, du plus romantique au plus high-tech, de la plus belle rêverie à l’ingénierie la plus complexe et sophistiquée.
Et beaucoup de positionnements ou de travaux peuvent être rapprocher de ce thème, sans que ce soit réellement toujours probant. Antoni Gaudi et son approche des structures par le principe de la chaînette, les recherches d’Archigram et les cellules pluguées aux circulations, les architectures dites non-standart, les laisse-de-mer de Le Corbusier, la fonction oblique de Claude Parent, les principes d’optimisation de structures, les revêtements des ailes d’avions inspirés de la peau de requin… Vaste fourre-tout ou prétexte simplificateur ? Et si finalement, chaque designer, architecte, ingénieur, procédait d’une approche qui lui semble pertinente au moment où il fait projet ? Et que dans ces « moments », l’inspiration de la nature entrait en ligne de compte comme d’autres approches, sociales, technologiques, visuelles…
Pour faire simple et ne pas « botter en touche », je vous propose de suivre le travail de quelques designers qui se revendiquent de cette attitude, sans aucunement prétendre à balayer tout le champ considéré mais sans le dédaigner pour autant.

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Exposition Mutation-Création / Ross Lovegrove
Centre Georges Pompidou, avril-juillet 2017
Commissaire : Mnam/Cci, Marie-Ange Brayer
Note : Ronan Kerdreux

Ross Lovegrove, designer britannique (né en 1958 à Cardiff), installé à Londres
>> vers le site de l’agence
>>vers la bio de Ross Lovegrove

J’appelle « essentialisme organique » un état physique aussi naturel que possible. Les formes qui apparaissent comme biomorphiques sont issues de forces intrinsèques à la matière. Nous sommes propulsés dans un nouvel âge « biologique » : robotique, prothèses, voitures autonomes, architecture seront conçus à partir des principes d’organisation de la nature.

Issu d’un entretien entre Ross Lovegrove et Marie-Ange Brayer à consulter à l’adresse suivante : https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cLRxGbL/rEo9gXK

Quelques vues de l’exposition

L’image ci-dessus correspond à une vue de détail du Pavillon Lasvit LiquidKristal, 2012, structure en acier, verre et plafond tendu Barrisol. Edition et collection : Lasvit (république tchèque).



Bibliographie
Ross Lovegrove, catalogue de l’exposition, sous la direction de Marie-Ange Brayer, Éditions du Centre Pompidou, Paris 2017
Xavier de Jarcy : Ross Lovegrove au Centre Pompidou : le Darwin du design ?, article in Télérama du 12/06/2017, compte-rendu de l’exposition au Centre Pompidou
>> vers l’article en ligne
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Luigi Colani (1928, Berlin)
Lutz Colani dit Luigi Colani
Note : Ronan Kerdreux

>> vers le site de Luigi Colani

Luigi Colani, appareil Canon dit Canon Frog, faisant partie d’une série de 5 prototypes 1986, image sur le site lomography.fr consulté en juin 2017

Pour Luigi Colani, le « biodesign » impacte deux points dans le procédé de création, les qualités issus de la nature, aérodynamisme par exemple, et les rapports avec l’homme utilisateur et son corps, une sorte d’ergonomie homme-machine. Son objet phare est l’appareil photo canon, commercialisé lui, contrairement au prototype en photo ci-dessus, le Canon T-90.

Luigi Colani, prototype de « camion » aérodynamique, Mercédes-Benz, 2002, image sur le site carstyling.ru consulté en juin 2017

Nous évoluons sur une planète ronde, tout ce qui nous entoure est curviligne, je ne vois pas pourquoi nous devrions nous détacher ainsi de notre espace environnant, nous planquer derrière des lignes droites et des angles vifs qui ne correspondent à rien. La nature sculpte des designs parfaits, en évoluant sur des millions d’années, en se modifiant, en s’adaptant. […] Plus la technologie avancera, plus les formes rejoindront celles de la nature.
Citation extraite du pitch de l’ouvrage Luigi Colani, Texte de Philippe Pernodet, entretien avec Luigi Colani par Bruce Mehly, les Presses du Réel, 2000.